Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 15:49

Me voici  de retour sur le trail après 7 mois d’absence. L’après UTMB étant un long temps où l’on plane sans fin dans les souvenirs de cette course pas comme les autres réussie en août dernier. Ou l’on n’a plus envie de rien. Plus envie de se faire mal. Ni même de courir. Seulement envie de penser à l’amour et aux fleurs. Puis un jour de Novembre où le soleil m’appelait, j’ai enfilé à nouveau mes Cascadia pour aller courir dans « mes » bois autour de Clamart. Juste pour le fun, sans objectif et avec de nombreux kilos repris depuis fin aout. Et je n’y suis retourné que lorsqu’il faisait beau. A ce rythme, je n’ai même pas réussi à tenir à courir une fois par semaine entre novembre et fin février, tant le temps était mauvais et l’envie faible.


Comme l’an passé, je me suis inscrit à l’Ecotrail 50km car la date est bien placée pour lancer la saison. Et la distance relativement courte pour un trail, pour ne pas à avoir à commencer la préparation dès le mois de janvier. Mais vu la météo, je n’avais toujours pas commencé fin février ! Le beau temps s’installant enfin, je me suis dis que je n’avais aucune excuse pour ne pas m’y remettre. Et c’est ainsi que j’ai préparé cet Ecotrail sur seulement 4 semaines, dont seulement 3 sorties longues de 27 km. Malgré les kilos (6 de plus depuis septembre), mon rythme sur ce type de profil n’a pas trop varié vu qu’on est loin des Alpes et de ces cols qui n’en finissent pas. Mais c’est avec un grand point d’interrogation que j’arrive sur la ligne de départ en ce samedi 29 Mars annoncé comme ensoleillé et chaud pour la saison.

 

P1050771

Moi-même, juste avant le départ


Sur le pré, juste avant le départ, une fois ajustée ma panoplie de trailer que j’avais mise au point pour l’UTMB, je retrouve mes marques et me décontracte un peu. D’un coté un trail assez plat de 50 km, c’est rien comparé à l’UTMB mais sans vrai préparation, aucune course n’est facile. Au moins cela fait un aspect qui épice un peu les sensations au moment où je me lance parmi les 1600 courageux qui ont pris le départ (sur les 2000 qui avaient un dossard mais dont 400 n’ont pas réussi à mener à bien l’entrainement entre la météo hivernale en janvier et février et les épidémies de gastro et de grippe).


Une fois n’est pas coutume, je goûte enfin au plaisir d’être assisté sur une course. Par celle à qui je dédie ce trail et qui est avec moi au départ. Elle fera les photos, prendra ma veste juste avant le départ, volera d’un ravito à l’autre, pour essayer de m’y retrouver mais, en Clio, il faut bien se rendre à l’évidence que c’est bien moins simple à faire qu’en courant !

 

P1050778


A 10h45, nous sommes donc partis pour faire le tour complet du grand bassin du Château de Versailles. Vu que je suis sensé me classer dans les alentours du premier tiers, je ne me suis pas placé trop loin pour le départ. J’ai pris une barre de gâteau sec au pruneau, très sucrée 15 min avant le départ afin d’être bien gorgé de glucose au moment du départ. Je ne pense pas être capable de refaire le temps de 5h33 de l’an passé. Surtout que cette année, ce trail fait un km de plus. Nouvelle estimation plus précise de la distance ou légère modification de parcours ? Mystère. Il fait bien meilleur que l’an dernier où le départ avait été donné dans des brumes froides avec une température d’à peine 2 degrés ! Ici je n’avais pas froid avant de partir, alors je vous laisse imaginer en courant ! En plus avec les vêtements comprimant recouvrant complètement les jambes, je suis chaud de suite. Mais je ne suis pas du tout asphyxié, on part avec un bon rythme mais surtout, à mon rythme, en se contentant de suivre la troupe, et de doubler quand il faut. Les sensations sont bonnes, je n’ai mal nul part, la digestion du petit dej s’est bien passée. Au bout de 5.2 km dans le parc du Château de Versailles, je suis en 487eme position en 28min 31sec soit moins de 5min30 au kilomètre, ce qui correspond à un temps de 3h50 au marathon, ce qui est assez élevé pour un trail de 50 km  et 1000m D+ !


Pour cette course, certaines choses ont changé par rapport à l’an passé dans mon approche, UTMB oblige. L’an dernier c’était short / basket et pain aux noix / barre de céréale pour les ravito perso. Assez long à digérer.  Suite à l’UTMB, il me reste de la nourriture technique. Par ailleurs, à force de ne pas pouvoir voir ce que je bois, j’ai abandonné la pipette et suis passé aux bidons en face-avant que je sors et remplis facilement. Pour rallier Chaville sous le soleil de mars qui transperce aisément cette forêt encore nue, j’ai 2 bidons de 600ml auxquels j’ai ajouté une petite bouteille d’eau de 50cl, que je tiendrai à la main, soit un total de 1.7 l pour un peu moins de 3h. Je me base sur une consommation par temps chaud de 600ml/heure (le corps n’est pas capable d’en absorber beaucoup plus). Un de mes deux bidons contient une poudre pour boisson de récupération que je boirai entre 30 min et 1h30 de course. Je m’astreins à boire toutes les 20 minutes, environ un tiers de bidons, soit 20cl. Parmi les restes de ce que j’avais acheté pour l’UTMB, j’ai 2 tubes de glucose et 2 tubes de gel sucré au chocolat et renforcé en sels minéraux. J’en prendrai 3 sur 4 dans la première étape qui nous mène à Chaville. J’alterne avec mes barres au pruneau. Je mange toutes les demi-heures environ, lorsque nous passons un moment à marcher dans une longue cote. C’est là que je récupère en général, prêt à courir à nouveau une fois en haut.


Au début de la course, je repère les nouveaux venus au trail qui sont issus du marathon, parfois même encore avec le maillot de leur dernier marathon sur le dos ! Certains pensent qu’un trail de 50 km, c’est juste un marathon rallongé avec quelques cotes. Et donc le courent comme tel, c'est-à-dire à un rythme constant, que le parcours monte ou bien descende. Et c’est ainsi que j’en ai vu courir dans les cotes dans les 20 premiers km (après ils ne pouvaient plus). Et oui, ce qui distingue bien un trail d’un marathon, ce sont bien les changements de rythme et les relances. Et la préparation doit prendre cela en compte en optant pour un parcours vallonné durant la préparation et pour cela les bois du Sud de l’Ile de France n’en manquent pas ! Sur ce trail se côtoient aussi bien des gars qui ont réussi des ultra-trails comme l’UTMB (j’ai parlé avec plusieurs d’entre eux) que des novices, ce qui fait le charme de ce format de l’Ecotrail.

La course vers Chaville se fait sans problème, j’ai de bonnes sensations. Nous traversons successivement Jouy en Josas puis Viroflay pour rallier le bas de Velizy où nous surplombons l’étang d’Ursine qui tient non nom du village éponyme qui y préexistait au moyen-âge, avant d’aboutir au premier ravito situé à Chaville au km29 après 2h37 de course.


Je suis sur les mêmes bases que lors des cinq premiers km dans le parc du Château !  Nous avons pourtant monté plus de 600m. Je suis alors en 384eme position et j’ai mis 20 min de moins que l’an passé ! Les vêtements compressifs et une alimentation plus sucrée ont fait la différence. Assez loin après le départ, ce premier ravito est placé là pour piéger ceux qui ne savent pas encore boire et s’alimenter suffisamment en trail. 55 concurrents abandonneront ici. Nous sommes passés de 12 degrés au départ à 19 degrés ce qui est chaud pour la saison. Je recharge en sucres lents, c'est-à-dire banane, cake et trois tucs pour équilibrer avec les sucres rapides pris en course.  Je prends une chaise et c’est assis que je mange. En trail, il est important de s’assoir pour reposer un peu les jambes. Je recharge aussi un de mes bidons en poudre pour boisson de récupération que j’avais emportée avec moi.


En repartant, je sais que la partie menant vers Saint-Cloud est très roulante avec peu de fortes montées, hormis celles qui suivent juste après le ravito de Chaville, pour un total de 300m à monter et 400m à descendre.  C’est donc avec une belle foulée que je descends vers Marnes-la-Coquette. Le soleil commence à peine à descendre mais la chaleur a atteint maintenant les 20 degrés. La remontée en face vers le parc de St Cloud se fait facilement. Après il reste 2 ou 3 petites cotes et sinon on ne fait qu’en descendre alors je conserve le rythme et arrive en 4h 03 min au ravito.

 

P1050780

L'arrivée au ravito de St Cloud

 

En fait, la chaleur a bien monté. En 4 heures, j’ai bu 2,6 litres ce qui est plus que 600ml/heure et pas même un pipi de toute la course, après avoir bu 3.5 litres ! Même avec tout ce que j’ai bu et mangé, je suis marqué par la chaleur. Tout simplement parce que mon corps n’est pas habitué à courir par 20 degrés, alors que l’été cela ne me pose pas de problème par presque 30 degrés ! Les entrainements s’étant fait à la fraiche avec des températures bien inférieures, le corps n’y est pas préparé. C’est la difficulté de l’Ecotrail qui peut avoir lieu aussi bien dans le froid que la chaleur comme cette année ou en 2012 où il avait fait 21 degré, avec en plus des entrainements effectués dans la neige, comme en 2012, toujours. J’ai donc baissé le rythme avec un temps au km qui a maintenant augmenté de plus d’une minute. Je commence à avoir bien mal aux jambes. Je me contente de gérer mais j’ai quand même mis 2 mn de moins que l’an dernier sur ce tronçon. Je rétrograde de seulement 4 places ce qui montre que la difficulté est ressentie de la même façon par les autres concurrents. Je n’ai pas faim et mange seulement une de mes barres sucrées aux pruneaux. Plus assez de temps d’ici l’arrivée pour digérer de la nourriture complexe. Je m’allonge un peu au sol, à l’ombre, les jambes en l’air pour essayer de reposer un peu mes jambes et de récupérer.

 

P1050786

Et il faut déjà y aller !

 

Le dernier tronçon se compose de la descente vers le musée de la manufacture de Sèvres puis les quais de Seine sur 9 km, en plein soleil. L’Ecotrail, quel que soit le format, a cette particularité que la fin se court comme un marathon, c'est-à-dire à rythme constant, au maximum de ce qu’on est encore capable de tenir, sans relance ni pause. Après une distance marathon avec 1000m D+, on se paie alors 10 km en mode fin de marathon, c'est-à-dire les plus durs ! On essaie d’oublier la douleur.

 

P1050787

La tour Eiffel est encore loin !

 

J'ai rejoint une gazelle prénommée Sophie et avec qui on fait un bout de course ensemble. Elle est très fatiguée comme moi mais me répond de temps en temps, ce qui est déjà ça. Au bout d’un moment, la tour Eiffel est déjà en vue, et c’est moi qui lâche peu à peu, n’arrivant pas à la suivre jusqu’au bout. Pourtant on court à juste un peu moins de 8 min au km ! Elle finira 30 secondes devant moi dans le Top10 des Senior  femmes. Ayant épuisé mes réserves et assommé par la chaleur, c’est épuisé que j’en termine avec cet Ecotrail trop peu préparé, en 5h 16min en 383eme position soit une place de mieux qu’à Chaville ! Sur ce tronçon, je ne perds que 2 min par rapport à l’an dernier ce qui n’est pas si mal et surtout j’améliore mon temps de 17 min avec 1 km de plus, ce qui équivaut à un écart de 23 min, soit 30 secondes de moins au km ! C’est considérable sur une course de 5h.


Je suis classé dans le premier quart alors que l’an passé, j’étais plutôt dans le premier tiers. Une performance à laquelle je ne m’attendais vraiment pas. A l’arrivée, on nous remet le même maillot que l’an passé ce qui est d’un piètre intérêt pour le coureur. Un petit buffet sucré nous attend mais mon estomac ne veut plus rien d’autre que de l’eau. Je vais prendre ma douche, content d’une belle journée de trail comme on les aime,même si c’était dur. Il est maintenant grand temps d’aller boire une bonne bière bien fraîche !

Repost 0
Published by Dominique Bayart - dans Trail
commenter cet article
22 novembre 2013 5 22 /11 /novembre /2013 18:47

La question mérite d’être posée. Car pour ceux qui aiment les raccourcis, leur définition c'est qu'il y a d'une part les marathons (42,195 km) et quand c’est plus long on passe à l’ultra-trail ! Pour avoir fait 12 marathons et plus de 500 km de course en trail et ultra-trail je me dis que ce n’est pas si simple. Tout d’abord la distance elle-même ne renseigne pas beaucoup sur la définition. On pourrait même s’amuser à comparer ce qui distingue un marathon d’un trail de 42 km.

 

Le profil ? Non il existe des marathons avec dénivelé positif (Marathon du Mont Blanc) et des trails courts assez plats.

 

Le type de chemin ? C’est vrai que le marathon aime le bitume et la ville. Quoiqu’il en existe aussi à la campagne et qui empruntent des routes forestières non goudronnées (Marathon des Yvelines).

 

Le nombre de ravito ? On s’approche un peu car ils sont tous les 5km en marathon et plus espacés en trail (2 pour un 42 km en général). Ce qui veut dire qu’en trail on est forcement en auto-suffisance mais on pourrait rétorquer qu’il y a des personnes qui ne mangent rien sur marathon. Il en est d’autres dont je faisais parti qui transportent leurs propres gels sur marathon et n’utilisent les ravito que pour s’approvisionner en eau. Alors sur ce point oui, en trail on porte son eau et pas en marathon. Mais ce n’est pas cela la différence en fait.

 

Pour moi la grosse différence entre les deux types de course réside dans le rythme de la course. Sur un marathon, on vise un temps qui correspond au volume d’entrainement et à sa propre expérience. Et on le vise en partant avec l’objectif de courir à vitesse constante sur toute la course. L’idée en marathon est de trouver le rythme maximum que l’on arrivera à tenir sur la distance. On le calcule en temps au km. Descendu jusque 4mn30 pour moi pour 3h10 à l’arrivée à Paris en 2006. Ce rythme est souvent tenu au prix de souffrances importantes durant le  dernier tiers de la course.

Marathon06_3.jpg

Votre plume en 2006 sur son 5eme marathon de Paris consécutif.

 

En trail, on est en mode finisher. Cela signifie que leur seul objectif commun à tous est seulement de passer la ligne d’arrivée, rien de plus. Alors on est certes bien obligé de suivre un rythme minimum si on ne veut pas être éliminé par les barrières horaires. On ne cherche absolument pas à faire un temps. Car si tel était le cas, on choisirait une course proposant des conditions parfaites c'est-à-dire sans porter son eau et sur une belle piste bitumée comme un marathon le propose. Dans le trail on ne cherche que le plaisir d’être ensemble et de finir sans trop souffrir (même en ultra-trail). A la limite sur un parcours plat de 42 km, la seule chose pour moi qui distingue un trail d’un marathon hormis le fait de devoir porter son eau, réside dans le fait que l’on est dans l’un en limite de souffle sans pouvoir tenir une conversation (si on "optimise" son marathon) tandis que dans l’autre on peut tout le temps parler et même manger pendant la course car on en garde toujours sous le pied. En effet, en trail, comme le terrain est généralement accidenté, le rythme est cassé : on se preserve dans les montées longues en marchant et on relance une fois en haut. Une sacrée difference avec le rythme regulier de chef de gare observé sur marathon.

 

Un marathon laisse beaucoup plus de courbatures qu’un trail car les chocs avec le sol sont plus violents car la vitesse est plus élevée, le sol plus dur (bitume), les chaussures moins renforcées, et les muscles fonctionnent en limite d'oxygène.

 

J’ai fait mes deux derniers marathons à quinze jours d’intervalle, en mai 2011. Le premier avait pour but d’établir un nouveau record sur un parcours très plat (marathon de Senart) mais c’était sans compter sur le vent et ma Vo2 max déjà descendante (je ne fis « que » 3h29 ce jour là). Deux semaines plus tard, j’étais comme promis à mes frères au départ du marathon du Louvres à Lille pour rallier Lens en compagnie de deux de ceux ci. Cependant, comme je n’avais jusque là jamais doublé le marathon sur un temps si court, mon seul objectif était seulement d’être finisher, sans plus. Entre les deux courses, je n’ai pas couru une seule fois sauf 3 jours avant le second marathon pour vérifier que mes jambes n’avaient plus de courbatures. Ce second marathon, vu que j'ignorais si j'arriverai à le terminer, je l’ai en fait couru en mode trail en 4h35 avec pour seul but d'être finisher. Avec des pauses tous les 5 km en marquant l'arret, ce qui a fractionné le rythme. Comme quoi on peut aussi faire un trail sur du bitume sans denivellé !

 

C’est d’ailleurs en courant au coté de Didier Benguigui, non voyant et grand habitué du marathon des sables que j’ai fait la course. C’est lui qui m’enseigna ce jour là les principes du trail et donné l’envie du trail. Ma Vo2 max n’étant plus ce qu’elle était, dès mon retour à la maison, je passait au trail et m’inscrivais aux Templiers sur le 80km, mais ça c’est une autre histoire – déjà compté sur ce blog.

 

Après il y a la classification trail versus ultra-trail. Dans les deux cas, les conditions de course sont identiques. Mêmes ravitos, même tracé, même objectif de finisher seulement. Alors qu’est ce qui fait qu’on a basculé dans l’ultra-trail à force de rallonger les distances comme j’ai fait ? Vous ne voyez pas ? Mais si ! Il y a un petit élément en plus à porter. Allez, vous avez deviné … non ? ......................Il s’agit de la lampe frontale !

 

Photo_night.png

UTMB 2013. La longue cohorte de frontales montant le col du Bonhomme.

 

Et si c’était ça la seule différence vraiment notable entre un trail et un ultra-trail. Le fait qu’il y a des transitions  jour/ nuit.  Ces transitions qui donnent un coté magique à ces courses quand le jour se lève ou se couche, avec ces lumières si particulières. Quand on part de nuit ou bien quand arrive de nuit, cela veut dire aussi qu’il va falloir s’adapter au manque de sommeil. Oui c’est bien le fait de courir avec un certain manque de sommeil qui va faire qu’on entre dans l’ultra-trail. Alors quand on passe 2 nuits sans dormir comme ça a été mon cas sur l’UTMB, on est alors au cœur de l’ultra, avec les hallucinations en plus. Et ça aussi je l’ai raconté sur ce blog !

Repost 0
Published by Dominique Bayart - dans Trail
commenter cet article
6 septembre 2013 5 06 /09 /septembre /2013 17:00

 

La Fouly-Champex (14km-555m) , Altitude départ : 1600m / arrivée : 1465m


Je repars seul en direction de Champex. Cette étape est particulière. Elle consiste en une grande ligne droite de 10 km sur une petite route qui passe aux Praz où se trouve une vieille douane. Ce n’est pas très folichon, la fatigue commence à se faire sentir et comme c’est plat on court, longtemps même puisqu’il y a 10km à couvrir. J’ai du mal à tenir le rythme et commence à faire les comptes. Si je n’arrive plus à courir et que je marche le restant de la course, combien de temps me faut-il pour finir ? Prenant comme hypothèse que je monte toujours sans problème, si je fais le reste à 3 km/h, et bien les 5 heures d’avance que j’ai me permettent d’envisager arriver avant 14h30 à Cham compte tenu des 48 km qu’il reste. Je réalise alors que, sauf problème grave au tendon,  je serai donc quoi qu’il arrive finisher de l’UTMB. La question n’est donc plus si mais quand j’arriverai ... A partir de là, je me dis de m’accrocher et de courir tant que c’est plat puis qu’après Champex je marcherai (en fait il n’y a pratiquement plus aucun secteur courable après Champex puisqu’on ne fait alors plus que monter et descendre mais ça je ne le sais pas encore !). Alors je ne me préoccupe plus du temps mis puisque je sais je serai finisher et passe donc dans un mode où on se contente juste de finir, et je verrai alors sur place quel temps j’ai mis. De toute façon, la fatigue tombe sur le corps et je passe donc en mode best effort.

 

Au bout de la vallée on aperçoit sur un mont boisé les premières maisons de Champex avec 555m à gravir. Vu comme ça, on dirait un petit coup de cul à donner comparé à ce qu’on a monté jusqu’alors. Le début de la montée se fait bien, on progresse assez vite et au bout d’un moment on arrive à ce qu’on croit être un ravito et qui est seulement un poste de  contrôle avancé (utilité ?). On pense être arrivé et c’est une grave erreur. Il reste beaucoup de distance et de dénivelé à monter et la fatigue d’avoir couru 1h s’ajoute celle de la montée ce qui fait que j’arrive sur les rotules au ravito à 18h37 en 728 position. Je comprends pourquoi j’avais entendu qu’il y avait beaucoup d’abandons à Champex (encore 65 nouveaux abandons). La bonne surprise en arrivant c’est qu’il y a des pâtes bolognaises. J’en prends double dose parce que j’ai bien faim et puis c’est tellement meilleur que des tartines ! Je mange aussi un brownie et picore un peu. Je pense à manger des choses vitaminées aussi car c’est important aussi. Ce sera sous forme de quartiers d’orange ou bien de citron selon ce qu’il y a dans les ravitos. Je prends aussi une bonne tasse de café pour préparer la nuit à venir.

 

Me voilà bien requinqué. Je prends aussi le temps de préparer mes affaires pour la nuit. Changer les piles de ma lampe déficiente et la mettre dès maintenant sur la tête avant qu’on n’y voie plus clair (ne pas faire deux fois la même erreur). Je me refais un bidon de malto. Ce sera mon passage le plus long en ravito puisque je repars au bout de 32 mn mais je ne le regrette pas car la fin n’est pas facile et il faut aborder la deuxième nuit avec les batteries bien chargées (surtout pour la lampe !)

 

A ce stade, nous avons parcouru un total de 122,4km et gravi un cumul de 6907m.

 

Champex-Trient (16,5km-895m) , Altitude départ : 1465m / arrivée : 1303m

 

014

Ce trailer n’attend pas le bus mais profite seulement du Lac !


A la sortie du ravito, le jour tombe quand on longe le lac ce qui permet de prendre une photo comme espéré. De ce fait, le parcours est plat mais je refuse désormais de courir car je ne veux plus me flinguer les jambes ! Je rigole bien avec un autre trailer qui est accompagné par son père qui le retrouve sur les ravitos. Un accompagnateur est tout de même très utile car il peut vous fournir en ce qui vous manque, vous conseiller et vous apporter un contact chaleureux dans ce parcours de brute. Moi j’ai choisi de le faire à la dure mais heureusement il m’arrive de tomber sur des gens très sympa avec qui je passe de temps à autre un bon moment. Ce fut le cas sur les bords du lac et ça m’a donc rechargé aussi les batteries sur le plan émotionnel.  Car de plus en plus, ce sont avec des espagnols ou des japonais que je me trouve avec qui il est difficile de causer, surtout qu’ils sont sérieux et pas causants.

 

Comme ce trailer tient à tout prix à courir, je le laisse partir devant. Car je sais qu’après Champex, un col assez dur nous attend puisqu’il s’agit du col de Bovine. D’ailleurs rapidement le chemin s’élève dans la forêt. Avec les bâtons, je me sens bien et je lâche les chevaux, ce qui est un peu naïf de ma part car après Bovine, il n’y a plus de pâtes pour se refaire la cerise et pourtant encore bien des difficultés. En tout cas, ce qui est fait n’est plus à faire, et c’est assez rapidement que je monte les 895m qui montent en haut du col, avec une powerbar à mi-chemin. Je passe le col à 21h23 en 690 position. La nuit est maintenant tombée et le café m’a bien dynamisé ! La descente vers le village de Trient se fait sans trop de difficulté et c’est rapidement que j’arrive au ravito suivant. Aurais-je brulé une cartouche un peu trop vite ? En même temps, après Champex, il reste trois cols à passer : Bovine, Catogne et Flegére alors je me dis qu’en avoir passé un sur les trois c’est déjà ça de pris ! En plus ma cheville se fait oublier et avec tout ce que j’ai descendu je me dis que si ça avait du lâcher, ça l’aurait fait avant. J’arrive assez en forme dans le charmant village de trient à 22h59 en 679 position. Mon avance est passée à 6 h 45 ! Plus de doute, je serai finisher ! Le ravito est on ne peut plus classique où j’applique la routine habituelle du liquide / solide avec une bonne tasse de café sucré. Je droppe un brownie parfumé à la cannelle (il faut presque fouiner sur les ravito pour trouver quelque chose qui change un peu). Je repars au bout de 21 minutes avec hâte de retrouver la France.

 

A ce stade, nous avons parcouru un total de 138,9 km et gravi un cumul de 7802m.

 

Trient -Vallorcine (10,3km-849m) , Altitude départ : 1303m / arrivée : 1270m


Pour rallier Vallorcine, il nous faut passer le col de Catogne avec ses 849 m à grimper.  Le chemin est bon et la montée se fait bien, même si je suis un peu moins rapide que dans Bovine. La fatigue se fait un peu sentir mais je dois constater que la tombée de la seconde nuit sur cette course ne m’a pas assommé comme je le craignais. C’est même étonnant mais pris dans l’activité, le corps tient l’esprit en éveil et on tient bien le coup. La montée se fait patiemment et au bout d’un assez long moment et d’une powerbar, nous passons la bascule à 00h54 en 651 position et entamons la descente sur Vallorcine. Cette descente est très technique car il y a beaucoup de grosses pierres et la progression n’est pas très rapide et peut vite devenir dangereuse. Certains s’y risquent, moi je reste calme mais du coup la descente est très longue, tortueuse et je trouve le temps bien long avant d’arriver à Vallorcine. Il est 2h24 du matin quand j’arrive au ravito en 665 position. La nuit est maintenant bien entamée et la fatigue se fait bien sentir. On est en mode survie en comptant ses dernières forces. Côté ravito, c’est du classique comme d’hab., j’applique la routine habituelle au ravito mais décide de ne plus prendre de café car les deux tasses de 25 cl déjà prises m’ont presque donné des maux de tête. J’ai aussi l’impression de ne plus digérer aussi bien mais la soupe remet vite mon estomac à l’endroit. Je ne reste pas bien longtemps et repars au bout de 17 minutes, décidé à en finir au plus vite.

A ce stade, nous avons parcouru un total de 149,2 km et gravi un cumul de 8651m.

 

Vallorcine-La Flegère (10,7km-867m) , Altitude départ : 1270m / arrivée : 1863m


Sur le papier, cette dernière ascension n’a rien de bien plus méchant que les cols précédents. Mais le dénivelé pris tout seul ne compte pas, c’est le type de chemin qui compte avant tout et nous allons le vérifier à nos dépends. Mais c’est d’abord contre le froid qu’il faut lutter à la sortie du ravito. L’organisation a d’ailleurs fait un feu de camp pour se réchauffer. Mais vaut mieux ne pas s’y chauffer trop car après on ressent encore plus le froid glacé de la nuit. En plus, le chemin longe le torrent. Ma technique en sortant des ravitos pour ne pas avoir à mettre la veste et à la retirer une demi-heure après en pleine montée, et bien c’est de partir rapidement pour me réchauffer. A la sortie de Vallorcine, le chemin n’est pas très raide alors je le monte type marche nordique, sur un rythme élevé, en me disant que ça va me réchauffer et qu’on va quitter ce congélateur qu’est  le torrent qui nous accompagne. Au bout d’un quart d’heure, je n’ai toujours pas réussi à me réchauffer, le torrent est toujours là et donc je m’arrête et met la veste. Bien sur, juste après, nous quittons le torrent mais ce sera utile pour la nuit à venir. Nous passons le col des Montets et traversons la route qui mène au hameau du Buet où j’ai séjourné. Les discussions que j’entends traitent de savoir si on passera sur la ligne d’arrivée en moins de 40 heures ou pas. Moi j’ai compté 4h entre Vallorcine et Cham donc ça nous fait du 7h à l’arrivée si on prend en compte le dernier ravito et je dis no  souci ! Les autres sont plus dubitatifs. D’ailleurs le chemin se cabre. Au début ce n’est pas trop technique mais plus ça va et plus il y a des gros blocs de pierre. C’est raide et technique, on ne progresse donc pas vite et heureusement que j’ai la veste car on ne dissipe pas tant de watts que ça vu que la progression est limitée par les blocs de pierre. Je prends une powerbar pour me régénérer un peu.  La montée est longue et pénible. Il y a tellement de blocs de pierre qu’on ne voie pas de chemin. Certains blocs font 50 cm de haut donc à monter et à descendre après 35 heures de course, ce n’est pas évident. On galère tous et perdons bien du temps. Ce qui aurait du prendre 1h30 en montant à 600m heure nécessitera en fait 2h30. La fatigue est bien là et j’en ai parfois assez de me prendre la tête à chercher par où passer alors on se relaie avec d’autres trailers qui lisent mieux le chemin que moi. Il m’est même arrivé de prendre une mauvaise direction et d’arriver face à un mur de blocs d’un mètre de haut, à sauter pour passer, avec en plus 2 ou 3 concurrents derrière moi que j’ai entrainé dans mon erreur. Parfois je voie un cailloux se mettre à bouger et se transformer en grenouille. Souvent des gros rochers situés sur le coté me font penser avec les ombres chinoises de la lampe, qu’une personne est assise sur le coté et me regarde passer. Au bout d’un moment, je ne prête même plus attention à ces personnes qui me regardent sur le coté car c’est devenu habituel. Le cerveau a besoin de rêver et donc il prend comme prétexte le relief du sol pour cela. Le concurrent qui est avec moi me demande si les autres concurrents de l’UTMB passent par ce parcours … question étrange vu que l’UTMB  c’est nous … Nous sommes dans le dur, dans la période de la nuit où la fatigue se fait le plus sentir. Pourtant, je n’ai pas sommeil même si je suis fatigué.  Et cette montée dont on ne voie pas le bout. Il m’arrive par deux fois de tomber au ralenti sur les fesses suite à un manque d’équilibre (autre problème causé par le manque de sommeil), il faut parfois mettre les mains. Au bout d’un long moment, nous accédons enfin aux espaces plus herbeux et marécageux du lac blanc où nous tombons nez à nez avec des grosses bêtes à corne, en travers du chemin. Le japonais qui est devant moi ne sait pas trop quoi faire. Moi je sors du chemin et prend la tangente par le coté en agitant les bâtons et faisant des ho là ! C’est vrai que j’avais pris un peu d’expérience en la matière avec les sorties longues faites en aout dans les Hautes Alpes … Nous arrivons enfin à la Tête aux Vents (que je ne verrai pas dans l’obscurité) à 5h23 en 664 position et où un point de contrôle nous attend, au coin d’un feu de camp. Je m’attarde un peu avec les membres de l’organisation, ayant la tête à blaguer tant je suis content d’avoir fini la dernière ascension. Je leur dis que je resterai bien mais que je suis attendu à Cham, et alors, après les avoir remercié de passer la nuit à se geler dehors pour nous, je poursuis mon chemin en direction de la Flegère qui se trouve à plusieurs km de distance. Finalement je cours un peu car je suis pressé d’arriver après la grosse galère de la montée. Le jour commence à poindre lorsque nous apercevons la tente qui sert de ravito où j’arrive à 6h24 du matin en 668 position. A l’intérieur il y a du monde qui crie fort, ça me saoule mais rapidement la tente se vide et nous ne sommes alors plus que deux concurrents. Je prends le temps de boire de l’overstim comme à chaque fois, de la soupe aux vermicelles et prends un petit café sucré et mange un peu de biscuit aux figues.

 

A ce stade, nous avons parcouru un total de 159,9 km et gravi un cumul de 9518m.      


La Flegère-Chamonix (7,8km-100m) , Altitude départ : 1863m / arrivée : 1035m

 

015L’aube se lève pour la deuxième fois sur la course et Cham encore endormie


A sortie du ravito, le jour s’est maintenant levé. Le début de cette dernière section est encore parsemée de gros rochers ce qui fait qu’on ne descend pas vite. Il reste 800m à descendre sur 7,8 km. La question va être de savoir si je vais pouvoir courir ou non, car en parcourant cette distance à 3.5 km/h et bien ça mettra deux heures pour les faire et je n’ai pas envie de ça. Je reste prudent et n’ai plus beaucoup de forces dans les jambes pour retenir mon corps dans la pente alors je préfère marcher pour le moment. Puis on passe devant une arrivée de remonte-pentes et on remonte sur la pente d’en face les 100 derniers mètres d'ascension de la course.

 

016

Le soleil est toujours là pour nous suivre jusque Chamonix


Puis c’est la bascule vers Cham. D’abord assez raide puis un peu moins. Maintenant c’est le soleil qui se lève pour la seconde fois sur la course et la troisième journée de course qui commence. Un concurrent me demande si j’arrive encore à courir alors j’essaie. Peu à peu je trottine, pas bien vite, mettons à peine 5 km/h mais c’est plus rapide qu’à pied. Le chemin passe dans la forêt et traverse plusieurs fois un pierrier donc je ne peux pas courir. Plusieurs concurrents qui ont encore la capacité de sauter comme des cabris me doublent. La descente est assez tortueuse et donc on n’a pas l’impression de se rapprocher vite de Cham.  Je prends mon mal en patience et peu à peu on progresse en trottinant un peu quand c’est possible. Puis nous arrivons à une brasserie dont nous traversons le jardin pour atteindre une belle piste forestière. Le gardien me dit que je n’ai plus que 3 km à faire. Il est alors 7h30, je me dis qu’à 3 km/h ça peut le faire pour passer sous les 40 heures et que donc si je cours, j’en serai assuré. Alors je cours, doucement mais régulièrement, dans la douleur. Je dois souffler 3 fois pour une inspiration pour ne pas avoir de point de coté tant je suis crispé du ventre. Je rattrape un trailer d’Afrique du Sud qui m’emboite le pas et c’est à deux que nous entrons dans Cham pour faire le dernier km. Il m’explique qu’il est descendant de Huguenot français émigrés au 17eme siècle. En effet il s’agit de M. Dutoit. Nous discutons en anglais comme quoi j’étais encore assez lucide et décidons de finir ensemble sur la ligne. Les rares personnes de levées un dimanche matin à 8h nous encouragent. C’est à 8h05 que nous franchissons la ligne d’arrivée avec 6h25 d’avance sur la barrière horaire en 693 position !  Voilà, nous avons donc parcouru un total de 167,7 km et gravi un cumul de 9618m. J’ai mis 5h24 pour venir de Vallorcine, ce qui montre à quel point la fin du parcours est technique. Pourtant, après Champex, il n’y aura que 10 à 20 personnes qui abandonneront par ravito ce qui semble montrer que les survivors de Champex vont alors jusqu’au bout en majorité.

  Image1.png

Au total 783 trailers ont donc du se résoudre à abandonner. Je leur tire mon chapeau car ce sont eux qui ont surement le plus galéré et qui sont le plus triste aujourd’hui. 68,8% des hommes parviendrons à rallier l’arrivée dans les temps (62,8% des femmes) pour un total général de 1686 finishers ce qui est un bon crû pour l’UTMB.

 

La ligne passée, je ne suis même pas euphorique. Voilà c’est fait voilà tout. Je dirai même, j’ai l’impression d’avoir fait un trail de 39 heures qui n’est pas l’UTMB. L’UTMB c’est une course très dure, qu’il faut faire plusieurs fois pour arriver à être enfin finisher car on y subi des coups de mou terribles, l’estomac qui ne suit pas, les pieds défoncés et il y a aussi des chutes qui peuvent être très dangereuses et il y pleut toujours. Moi ce n’est pas cette course là que j’ai faite. Celle que j’ai faite, elle était sous un soleil magnifique, dont la longueur fait qu’on est certes fatigué mais avec aucune forte douleur ou forte souffrance comme dans d’autres courses plus rapides, ni aucun gros coup de mou. Alors il me faudra un certain temps pour réaliser que c’est bien l’UTMB  que j’ai fait et qu’il ne m’a pas fait l’effet qu’il fait à bien d’autres trailers (un sur trois cette année). On peut se demander pourquoi.

 

J’ai déjà détaillé l’entrainement que j’ai mené pour faire cette course. Il n’y a pas eu un jour depuis ma sélection pour la course en janvier dernier où je n’ai pas pensé à ce que je devais faire pour être prêt le jour J. Comme bien des trailers, j’ai du faire face à l’incompréhension de nombreuses personnes qui nous entourent,  qui ne courent pas et qui devant leur télé, ne se gênent pas pour faire des jugements sur ce qui est bien pour nous ou pas, si on est trop maigre ou pas (les premiers font 4 kilos de moins que moi à taille égale) où a nous prendre pour des fous à partir courir sous le soleil avec des bidons et un sac à dos quand d’autres sont en train de finir leur bouteille de pastis en terrasse ... Mais voilà, comme disait Brassens les gens n’aiment pas que l’on ait une autre vie que eux … Il a fallu endurer aussi tout cela mais aujourd’hui le résultat est là. Je tiens à rappeler quelques points qui se sont révèlés essentiels dans l’accomplissement de ce niveau de performance, à savoir :

- Gros foncier à plus de 100km par semaine pendant 2 mois (et 6 mois à 80km/semaine), fait avec 2,6 kg sur le dos.

- Entrainement en altitude : 2 semaines à plus de 2000m et  24h à plus de 3000m, 7200m D+ en deux semaines.

- Entrainement sous forte chaleur : 30 degré souvent cet été (à coté, les 15 à 20 degré de l’UTMB m’ont semblé rafraichissants)

- Equipement renforcé : booster, corsaires compressifs, bâtons, mitaines aux mains, casquette et lunettes de soleil

- Préparation anti-frottement poussée : elasto + vaseline

- Alimentation en course définie en détail au préalable et composée de sucres rapides en course et sucre lents en ravito.

- Forte hydratation en course et pas qu’en eau (malto, overstim, soupe)

- Temps passé en ravito minimisé par un plan préétabli des aliments à y quérir.

 

 020Le podium Femmes (USA/Spain/France)


Voilà c’est un peu la recette que j’ai appliquée et qui m’a permis de faire un bon UTMB. J’espère que cela aidera à comprendre que cette performance n’est pas le fruit du hasard. En se donnant les moyens avec une préparation physique solide et une stratégie de gestion méticuleuse de l’alimentation en course, il est vraiment possible de repousser encore et encore ses limites. Je n’ai pas encore tout à fait trouvé les miennes, mais n’est-il pas un peu vain d’essayer de les toucher du doigt, tel un chat voulant saisir son ombre …

 

023 Le podium Hommes (France/Spain/Spain) avec les derniers finishers qui arrivent en 46 heures

 

Merci à tous ceux qui m'ont soutenu au cours de mes perigrinations tout au long de mes entrainements de ces 6 derniers mois !

 

002

Mon prochain objectif !

Repost 0
Published by Dominique Bayart - dans Trail
commenter cet article
6 septembre 2013 5 06 /09 /septembre /2013 16:26

Lac Combal-Col Checrouit (9,2km-468m) , Altitude départ : 1970m / arrivée : 1919m


En sortant des ravitos, on est toujours un peu saisi par le froid car le corps a refroidi. Mais en plus, ici, la nuit a avancé, on a perdu quelques degrés, on est assez haut et l’humidité du lac fait bien sentir la fraicheur. Je me résous donc rapidement à m’arrêter pour prendre ma veste imperméable en goretex (ce sera le seul vêtement que je mettrai en plus de mon maillot durant toute la course).  Les concurrents sont maintenant bien espacés on n’est plus les uns derrière les autres comme dans les deux premiers grands cols. J’ai m’impression que mes arrêts maitrisés et rapides aux ravito me permettent de laisser à chaque fois un certain nombre de concurrents derrière. Je passe d’ailleurs l’arête du Mont Favre à 6h05 en 963 position.

 

008

L’aube se lève sur le col de Chécrouit

 

Peu à peu le jour se lève, j’éteins ma lampe et une heure plus tard après 7h le soleil commence à monter mais le ciel est brumeux vers l’est et donc nous n’avons pas droit à de très belles couleurs. Cela signe la fin de la nuit et donne du baume au cœur. Cette section se court bien hormis la petite remontée vers le col où j’arrive assez rapidement à 6h50 et seul en 950 position.

 

009

Des trailers arrivent en direction du ravito


Le ravito du col de Checrouit a lieu dans un refuge gardé et le patron paie sa tournée ! Ce qui devait être un simple arrêt boisson a été agrémenté par du jambon et du pain par le patron du refuge qui fait ça chaque année. Ca tombe bien et sous les premiers rayons du soleil je profite des instants agréable de ce ravito hors du commun et accueillant.

 

010

Le ravito du col de Chécrouit


A ce stade, nous avons parcouru un total de 73,3km et gravi un cumul de 4249m.

 

Col Checrouit –Courmayeur (3,8km-0m) , Altitude départ : 1919m / arrivée : 1195m


Apres avoir rangé ma veste et ma lampe dans mon sac, il faut maintenant entamer la descente vers Courmayeur que j’imaginais très roulante d’après mes souvenirs. En fait, le haut est encore un peu technique puis c’est roulant mais sur le dernier tiers de la descente,  le parcours nous fait passer sur un petit chemin en balcon qui tournicote en tout sens puis passe par des passages assez techniques et sablonneux ce qui est un peu surprenant avant d’aller rejoindre la ville. J’entends alors le premier chant d’oiseau de la journée, ce qui fait du bien. Lors de la descente je discute beaucoup avec un gars de Cham qui court beaucoup et qui a fréquenté les stars de l’ultra-trail qui habitent dans le coin. Il me dit qu’il ne s’est pas embêté avec le matériel inutile que l’organisation veut nous faire porter et a donc viré les gants, le pantalon de pluie et le pull chaud de son sac … Je me dis que je suis vraiment trop honnête. Nous traversons les vieux quartiers, il est encore tôt, 7h44 du matin et la ville s’éveille peu à peu. J’arrive en 966 position. Mon partenaire me déclare qu’il va aller dormir un peu car il en a besoin. En fait, j’ai eu l’impression qu’après la nuit passé, et vu que le ravito a lieu dans un grand centre sportif, chacun a en tête d’y passer du temps pour soigner un peu son corps meurtrie. En plus l’organisation assurait le transport d’un sac depuis Cham. Alors ça a donné des idées à certains : Et va-y que j’enlève les chaussures refaire les protections, changer de chaussette, de maillot, se laver etc … Et parfois on ne repart pas. Ils seront 146 de plus à ne pas remettre les chaussures et s’ajouterons aux 300 autres trailers qui ont abandonné depuis Cham. Pour ma part, je n’ai aucun problème, tout va bien alors je ne prends même pas le sac que j’avais préparé au cas où. Je resserre juste un peu mes lacets parce que je trouve que mes pieds bougent un peu. Pour moi c’est un ravito comme un autre, avec la bonne surprise d’avoir des pâtes servies avec le parmesan. Il n’y a pas à dire, les Italiens ils savent y faire. Après un court moment d’hésitation, je m’avale une bonne assiette de pâtes bolognaises à 8h du matin et ça fait du bien au corps. Un petit café avec un sucre complète l’ensemble.

 

J’avais au poignet droit un bracelet éponge pour m’essuyer les yeux si besoin. Je le mouille et m’en sert de gant de toilette. C’est un peu rustique mais ça fait fonction ! Même pas vingt minutes après mon arrivée au centre, je suis reparti rechargé pour une nouvelle journée de course. Il est 8h00 et j’ai donc 4h00 d’avance sur les barrières horaires alors que je n’ai pas forcé spécialement. Mais comme je n’ai pas de problème, je ne perds pas du temps. Entre ceux qui vomissaient avant les Contamines (on se demande ce qui ont pris comme saleté avant le départ …), ceux  qui dorment à Courmayeur ou encore ceux qui se refont les pieds, ça fait du monde qui mécaniquement passe derrière moi et du temps de gagné sur la barrière horaire.

 

A ce stade, nous avons parcouru un total de 77,1km et gravi un cumul de 4249m. Quoiqu’en pensent certains, on est encore loin de la moitié et il ne faut pas mollir.

 

Courmayeur -Bertone  (4,9km-816m) , Altitude départ : 1195m / arrivée : 1979m

 

Après Courmayeur, nous allons remonter sur un plateau qui va nous mener jusqu’au pied du col du Val Ferret. Le chemin s’élève dans la forêt pour aller rejoindre le refuge Bertone, 816m plus haut. Comme on a bien mangé, tout va bien. J’ai le moral, le corps fonctionne bien. J’ai maintenant appris à ressentir les besoins en termes d’alimentation. Au bout d’un moment à monter, les jambes vont commencer à faire un peu mal, on est un peu fatigué, c’est alors le bon moment pour prendre une powerbar qui va me requinquer et me permettre de poursuivre sans fléchir. La montée à Bertone se fait donc gentiment sous un soleil pas encore bien méchant. Je passe rapidement faire les niveaux au ravito et prendre une tasse d’overstim. Il est 9h25 et je suis en 749 position, ayant laissé du monde derrière moi à la station manucure de Courmayeur !

 

A ce stade, nous avons parcouru un total de 82km et gravi un cumul de 5065m.

 

Bertone-Bonatti (7,3km-280m) , Altitude départ : 1979m / arrivée : 2015m

 

011Le refuge Bertone où a lieu le ravito


La partie qui va du refuge Bertone au refuge Bonati est assez roulante dans les alpages. Je passe le temps en discutant avec un gars qui m’invite à venir courir des trails dans les Pyrénées. C’est vrai que ça doit être bien sauvage, vert, mais je lui réponds : souvent mouillé ! Nous nous suivrons jusque tout en haut, laissant pas mal de concurrents dans la montée. Nous arrivons assez rapidement au refuge Bonatti pour un ravito boisson où je ne rempli les bidons qu’à moitié car je sais que le prochain ravito n’est pas loin.

 

17068549

Moi-même en route vers Bonatti

 

A ce stade, nous avons parcouru un total de 89,3km et gravi un cumul de 5345m. Il est 10h56 et je suis en 743 position. Nous avons donc dépassé la mi-course à la fois en termes de distance et de dénivelé mais il ne faut pas s’y fier. La partie restante est beaucoup plus technique, et se fera  en grande partie lors d’une deuxième nuit de veille et donc pour moi la mi-course se situe plutôt au Val Ferret.

 

Bonatti-Arnuva (5,2km-105m) , Altitude départ : 2015m / arrivée : 1786m


Pour le moment il faut remonter une centaine de mètres avant de redescendre un peu sur Arnuva. Le soleil est maintenant assez haut et la température a bien monté. Les conditions sont bonnes, je me sens bien, le temps passe assez vite. Il est déjà 12h00 et je suis le 743 à arriver au ravito (boisson uniquement). Je fais le plein et on nous rappelle bien qu’il n’y a plus de ravito jusque La Fouly et donc qu’il faut prendre un max d’eau. Je sors le bidon vide de mon sac et le rempli alors et repars pour monter les 900m du col du Val Ferret. Je m’alimente comme d’habitude mais constate que nos amis italiens ont amené de la viande séchée, douce attention. Pourtant je n’en ai pas envie avec la chaleur qui monte et juste avant de grimper le Val Ferré. 103 personnes abandonneront à ce ravito.

 

A ce stade, nous avons parcouru un total de 94,5km et gravi un cumul de 5450m.

 

Arnuva-La Fouly (13,9km-902m) , Altitude départ : 1786m / arrivée : 1600m


012

Paysage de montagne sur le chemin vers Arnuva


Je fais la montée en compagnie de la personne rencontrée plus bas. Nous croisons quelques randonneurs et sommes parfois sifflés par les marmottes mais elles resteront cachées. Ce col est très long mais pas technique ce qui fait qu’on progresse bien. Ici et là des photographes sont placés. La montée se fait comme d’habitude c'est-à-dire tranquillement à 600m heure et c’est donc à peine un peu plus d’une heure et demi qu’il nous faut pour arriver ensemble en haut à 13h51 en 773 position.

 

Voilà j’ai atteint mon premier objectif à savoir passer les 100km du Val Ferré et compte tenu de l’état de ma cheville voilà qui est déjà très bien. La suite m’inquiète un peu puisque nous avons 1000m à descendre, il va falloir assister la cheville avec les bâtons et y aller mollo. Le tendon peut lâcher à chaque instant sans signe avant-coureur et mettre fin dans l’instant à cette aventure.

 

C’est donc prudemment que je bascule coté Suisse. Je me fais naturellement doubler surtout que le haut est assez technique puis la descente se fait plus roulante et je peux courir dans la descente. Régulièrement, je fais des mouvements pour détendre ma cheville quand je sens poindre le début d’une douleur qui disparait alors. La descente se fait bien et ne me parait pas si longue que ça. On passe dans un premier hameau nommé La Peule ou je constate qu’un ravito non officiel distribue de l’eau à l’aide d’un tuyau d’arrosage. J’ai donc monté pour rien de 1000m de haut un bidon de 600g, voilà qui est triste mais pour le coup je ne voulais pas m’en remettre au hasard (l’organisation a donc insisté sans raison sur le manque d’eau à venir).  Le reste de la descente se fait sans problème et non arrivons dans le village de La Fouly à 15h38 en 768 position et où la température n’est pas aussi chaude que ce qui avait été annoncé. Le village est charmant et pour ce premier ravito coté Suisse, l’organisation s’obstine toujours à nous servir la même mixture. Nouveauté, un bureau pour la prise en charge des abandons. Y-a-pas, ça donne le morale ! L’après-midi touche à sa fin et j’ai maintenant presque 5h d’avance sur la barrière horaire. Depuis le début de la course, les ravitos ne sont pas très accueillants, c’est souvent une grande tente posée à même le sol avec quelques bancs et où on n’a pas envie de s’attarder et parfois assez bruyant. Je ne m’y sens pas bien et préfère repartir vite sur les chemins, au calme, avec une ou deux personnes avec moi.  Je me rappelle les mots de la personne rencontrée en début de course qui expliquait qu’il ne fallait pas d’enraciner au ravito de la Fouly et donc je décide de repartir rapidement après seulement 13 minutes et après avoir vidé au sol le contenu de mon troisième bidon qui ne m’a donc pas servi. D’ailleurs l’organisation lance un appel pour que les gens repartent car il y a bien trop de monde sous la tente. Il faut dire que certains sont affalés sur la table et dorment … 644 concurrents ont abandonné depuis le début sur les 2469 qui ont pris le départ.

 

A ce stade, nous avons parcouru un total de 108,4km et gravi un cumul de 6352m.

Repost 0
Published by Dominique Bayart - dans Trail
commenter cet article
6 septembre 2013 5 06 /09 /septembre /2013 16:03

Avant la course


Tout commence à l’Hôtel Le Buet du nom de la montagne qui se trouve juste derrière, appelé aussi le Mont-Blanc des Dames (gravi avec mon épouse en 2003 lors du tour des Aiguilles Rouges avec l’UCPA). Un hôtel que je recommande pour l’ambiance un rien fou dingue qui y règne et pour la nourriture très correcte, le tout à prix serré. J’y suis arrivé le jeudi soir après avoir passé la journée dans les trains, et être allé chercher mon dossard à Chamonix. Je suis content que ça se soit bien passé car en principe l’organisation contrôle le contenu du sac à ce moment là et s’il manque quelque chose vous êtes recalé … Quand on sait qu’il a fallu attendre plus d’une heure dehors sous le soleil pour accéder aux lieux (j’avais pris la précaution de remplir un de mes bidons d’eau quand j’ai vu la longue fille d’attente).

 

003

Mon hôtel au Buet


La liste du matériel requis est la suivante : deux lampes en bon état de marche avec piles de rechange pour chaque lampe, couverture de survie de 1,40m x 2m minimum, sifflet, bande élastique adhésive permettant de faire un bandage ou un strapping (mini 100 cm x 6 cm), veste avec capuche et fabriquée avec une membrane (Gore-Tex ou similaire) imperméable (minimum conseillé 10 000 Schmerber) et respirante (RET conseillé inférieur à 13) permettant de supporter le mauvais temps en montagne, pantalon ou collant de course à jambes longues OU combinaison d'un collant et de chaussettes couvrant entièrement la jambe, seconde couche chaude additionnelle : un vêtement seconde couche chaud à manches longues (coton exclu) d'un poids de 180g au minimum (homme, taille M) OU la combinaison d'un sous-vêtement chaud à manches longues (première ou seconde couche, coton exclu) d'un poids de 110g au minimum (homme, taille M) et d'une veste coupe-vent avec une protection déperlante durable (DWR protection), gants chauds et imperméables, sur-pantalon imperméable, téléphone mobile avec option permettant son utilisation dans les trois pays (mettre dans son répertoire les n° sécurité de l'organisation, garder son téléphone allumé, ne pas masquer son numéro et ne pas oublier de partir avec une batteries chargées), gobelet personnel 15cl minimum (bidons exclus), réserve d'eau minimum 1 litre, réserve alimentaire, casquette ou bandana ou équivalent, bonnet ! Prévert en aurait ri je pense …

 

Comme la remise des dossards a lieu à la fois pour le CCC (Courmayeur-Chamonix) et l’UTMB, l’organisation est débordée comme prévu car tout le monde est venu en même temps. Résultat : le contrôle du sac se limitera à la veste de pluie, le téléphone portable et les deux lampes frontales (compte tenu qu’un grand beau temps est annoncé). Mais l’organisation nous dit qu’il faut quand même emmener toute la panoplie qui a été demandé. Complètement idiot puisqu’on sait d’avance qu’on n’aura pas besoin des gants imperméables, ni du pantalon de pluie, ni du bonnet. C’est d’autant plus dommageable que mon sac de 20 litres étant chargé à bloc, je n’ai pas pu prendre un coupe-vent léger qui aurait été, lui, bien plus utile ou bien un maillot manche longue léger. J’y ai par contre ajouté un bidon de vélo vide car j’ai vu qu’il y a des portions du parcours où les deux bidons de 60cl que j’aurai à la ceinture risquent de ne pas suffire.

 

 L’hôtel me fournira en pâtes et en tarte aux myrtilles à chaque repas ce qui a permis une bonne accumulation des glucides. La nuit se passe très bien. Le lendemain matin, je me réveille vers 7h30 mais reste au lit jusque 8h en me disant que je ne vais pas revoir de si tôt un lit et donc  j’en profite un maximum. Mais j’ai aussi un programme chargé en ce jour de course. Après un petit déjeuner que j’essai de renforcer, je me mets dans le jardin à l’arrière de l’hôtel, coté Mont Bué pour installer les protections sur mes pieds.  Non seulement  je mets de l’elasto partout où j’ai pu avoir des rougeurs dues aux frottements. Ca va des orteils au tendon d’Achille (avant du pied qui choque parfois l’arrière de l’autre pied) en passant par les hanches (ceinture portant les bidons) et  les épaules (bretelles de sac). Mais ce n’est pas suffisant pour une course pouvant atteindre 46 heures alors j’ai pris aussi de la vaseline, qui sera appliquée sur les tétons, l’entrejambes (frottement des avant-cuisses, elles-mêmes protégées dans un corsaire), l’entrecuisse (frottement des fesses) ainsi que par dessus l’elasto qui se trouve sous les orteils car j’ai déjà eu des ampoules sous l’elasto. Avec toute cette protection et avec le fait que j’ai les jambes complètement couvertes par les vêtements compressifs, je me dis que ça devrait suffire. J’ai des chaussures de trail (Cascadia de chez Brooks) presque toute neuves qui me procureront un amorti très confortable. Ayant pu garder ma chambre jusque 13h, j’ai pu manger tranquillement vers midi avant de mettre mon déguisement de trailer et prendre le bus puis le petit train qui m’amène à Cham (comme ils disent là-bas). J’ai zappé la pasta partie où 2500 concurrents sont attendus qui voudrons surement tous manger tôt, d’où des files d’attentes démentes que j’ai préféré éviter. Le départ a lieu à 16h30. J’arrive à Cham vers 14h30, très chargé car j’ai mon sac de course, avec tous les ravitaillements que je porterai sur moi, et un second sac très rempli qui contient tout de que je n’ai plus besoin en course (car j’ai rendu ma chambre). Je suis donc rendu à devoir aller jusqu’au bout car je suis sans logis et  je ne sais pas où j’irai dormir en cas d’abandon prématuré (j’ai quand même pris la carte de l’hôtel au cas où je doive y retourner).

 

004

 Le podium de départ / arrivé

 

J’ai prévu d’être dans la zone de départ une heure avant la course donc  je me débarrasse de mon second sac (et du bidon d’eau qu’il contient) à ce moment là et qui est stocké dans les locaux de l’école nationale supérieure d’alpinisme (ENSA). Bonne surprise, l’organisation accepte de garder un sac sur place qui ne bougera pas en plus du sac qui va à Courmayeur (qui sera donc léger). Arrivé sur place, je constate que la petite rue face à l’église du village est gorgée de monde. Je ne souhaitais pas être à l’avant donc ça me va mais le souci c’est que les participants doivent attendre en plein cagnard et à l’arrière ils sont même debout. Je me dis que je ne vais pas attendre une heure debout au soleil à consommer l’eau qui aurait du servir pour la première étape alors je bouge de là comme dirait Joe Star. Et je trouve à l’arrière un toit de toile qui protège l’alimentation électrique de la sono et y trouve même une table puis même un fauteuil en plastic pour attendre tranquillement assis à l’ombre. J’ai plutôt l’impression d’être au départ d’un marathon avec tout ce monde, le bruit de la sono alors que d’habitude les départs de trails sont bon enfants et calmes. Je reprends les vieilles habitudes du marathon et comme un autre concurrent, je me vide la vessie dans une bouteille d’eau trouvée à  terre, au moins ça évitera de s’arrêter au bout de 200m sachant surtout qu’il y aura bien du monde au mètre carré dès le départ car nous serons 2500 participants et il s’agira d’attraper le bon wagon.

 

Pour me protéger la tête, j’ai opté pour une protection constituée d’une casquette (celle qui a fait l’endurance trail de 104 km à Millau en me protégeant de la pluie) et de lunettes de soleil à verres polarisés. La casquette est très intéressante en trail car elle va absorber la transpiration de la tête, la répartir puis l’évaporer. Elle fait donc fonction un peu de radiateur de voiture. Et donc, pas de transpiration qui vous coule dans les yeux et sur le visage. De ce fait, on peut s’autoriser des lunettes de soleil. J’avais trouvé ce système lors des sorties longues de 3h faites en plein soleil sur l’ile d’Oléron. Les verres polarisés suppriment tous les reflets et donc sont très reposant pour les yeux. J’ai lu que des concurrents avaient déjà eu des problèmes aux yeux suite à trop de lumière reçu durant la course. En plus quand on ne dort pas, on est encore plus sensible des yeux. Me voici donc bien paré pour affronter la lumière crue des montagnes !

 

Chamonix-Les Houches (7,9km -118m), Altitude départ : 1035m / arrivée : 1008m


16h30 le départ est donné sous la musique de Vangelis du film 1492. Instant de grande émotion. Nous sommes 2469 à s’élancer dont seulement 223 femmes. Evidemment ça part à grand train dans les rues de Cham. J’essaie de courir comme d’habitude ni plus vite ni moins vite mais vois des tarés doubler par les cotés, zigzaguer à droite à gauche, ils n’iront pas loin me dis-je à ce moment là. A la fenêtre d'une maison, j'aperçois le drapeau de supporters italiens faisant la promotion de http://www.diabetenolimits.org/ car un diabétique italien va faire encore mieux que moi sur cet UTMB. Assez rapidement on sort de Cham, et on reste sur une route goudronnée assez longtemps. Il y a du monde pour nous encourager. Mais ce n’est pas ce type d’ambiance que j’aime le mieux, j’y préfère les longues chevauchées en pleine nature mais ce sera pour plus tard. Tout en courant, je me dis que c’est incroyable puisque je suis tout bonnement en train de faire l’UTMB et que pour le moment je ne le réalise pas. Car c’est tout un parcours initiatique pour y parvenir à en être avec des points à acquérir sur des courses, un tirage au sort puis un entrainement de dingue d’où beaucoup ne sortent pas indemnes … C’est mon cas puisqu’une légère déchirure de fatigue du tendon lors de mon séjour en montagne a failli ruiner tous les efforts faits depuis 6 mois. Apres deux semaines d’arrêt, ma cheville ne me fait plus mal mais je pars avec la peur au ventre que mon tendon me lâche sans prévenir dans une des nombreuses descentes à faire. C’est d’ailleurs le cas le plus probable de ce qui risque d’arriver selon mon médecin. Alors j’essaierai de la préserver par des appuies sur les bâtons dans les descentes et d’apprécier la course durant tout le temps que ça tient. J’espère seulement que tous les efforts faits en course ne seront pas annihilés par une blessure mais ça fait aussi parti de ce qui arrive sur ce type de course et je suis mentalement préparé à cela depuis ma visite chez le médecin il y a 2 semaines.

 

UTBM MAPPA.PNG

Carte du parcours

 

Pour le moment, c’est plutôt plat et je me dis qu’il faut maintenant que  j’arrête de me regarder courir et plutôt que je me concentre sur la course et à ce que j’ai à y faire en termes de gestion de course et d’alimentation.

 

Notamment en vue du premier ravito qui arrivera au bout de 7,9 km. Il est important de bien avoir en tête ce qu’on fera au ravito pour ne pas perdre de temps. Car ils sont au nombre de 15 et si vous perdez inutilement 10 minutes par ravito, à la fin vous avez perdu 2h et demi et vous êtes alors même peut-être hors délai. En plus, j’ai prévu de partir tranquille et je me méfie un peu de la première barrière horaire aux Contamines. Pour chaque ravito j’ai donc établi avant la course une routine qui va consister à tout d’abord à remplir mes deux bidons d’eau, puis boire avec ma tasse (de 25 cl) de boisson overstim (boisson de l’effort faite surtout de sucres mais aussi de sels minéraux) puis, s’il y a à manger, essayer de me focaliser sur des sucres lents et enfin boire à nouveau une ou deux tasses d’eau. Ainsi en ajoutant les 1.2 litres d’eau que je porte aux 75 cl bus au ravito, cela me fait jusqu’à 2 litres de boissons qu’il m’est possible de boire par section de course ce qui est suffisant pour 2 à 3 heures d’effort. Yann, mon fournisseur trail qui tient l’Endurance Shop de Versailles, finisher UTMB, m’avait bien rappelé deux choses importantes : ne pas se laisser griser par la vitesse des concurrents en début de course et l’hydratation. Avec le soleil de plomb qui était prévu, j’avais alors décidé d’ajouter un bidon vide dans mon sac en cas de besoin. En fait la température est agréable autour de 23 degré à l’ombre.  En revanche, au soleil, vaut mieux de pas rester sur place.

 

Coté ravitaillement, j’ai décidé de porter sur moi les sucres rapides dont j’aurai besoin. Ils sont de trois types et de trois natures différentes. Pour un trail de montagne, où l’enchainement des montées et descentes va plus vite que ce que peut digérer l’estomac  (il met 2 à 3 heures), il faut avoir sur soi des aliments qui passent plus ou moins vite dans le sang selon le besoin. J’ai ainsi une dizaine de petits sachets de plastic que j’ai spécialement achetés où j’ai mis la quantité de poudre nécessaire pour faire 600 ml de boisson Bio-drink. Cette boisson, bio, procure de la maltodextrine qui se compose de sucres directement assimilables mais moins rapidement que du glucose. Elle procure aussi dextrose et saccarose. Pour les parties les plus accidenté de l’UTMB, j’ai donc indiqué dans mon roadbook de faire un bidon de malto lors du ravito, et que j’utiliserai en complément l’eau pur du second bidon de ma ceinture ventrale (l’organisation ne veut pas remplir les bidons en overstim). Lorsque les pentes seront longues au point d’épuiser les réserves en glycogène, j’ai prévu d’utiliser la dizaine de powerbar pour me resucrer rapidement. Ces barres contiennent beaucoup de glucose mais aussi des sels minéraux dont du magnésium et sodium. Yann les utilise beaucoup et effectivement,  je me rendrai compte de leur efficacité en course. Enfin j’ai aussi pris de quoi compléter le resucrage fait avec les powerbars avec quelque chose qui allie le sucré et les sucres lents, pour que ce resucrage tienne un peu dans le temps. Pour cela j’ai acheté au supermarché des biscuits gouters aux figues en sachet individuel (boite de 10) et j’ai bien sur choisi celle qui est la plus riche en sucres (76% de glucose !, le restant 24% étant des sucres lents) de la marque Systeme U.  Ainsi je suis armé pour éviter ou même  faire face à un coup de mou avec de quoi me resucrer efficacement et durablement. J’avais pu constater lors de mon premier vrai trail de montagne dans le Vercors en juin dernier à quel point il était clé de pouvoir gérer sa glycémie en terrain accidenté. J’y avais aussi appris de ne pas paniquer en cas d’hypoglycémie et qu’un cocktail adapté permettait de se refaire la cerise en moins d’un quart d’heure. Sur un parcourt comme l’UTMB, je me dis que j’aurai forcement un ou plusieurs coup de mou et donc j’ai pris de quoi répondre. Tous ces aliments font un poids total de 1,2 kg en début de course.

 

Une heure avant la course, j’avais pris un biscuit aux figues, en attente. Dans la première section, j’ai pris comme prévu une powerbar pour bien refaire la glycémie après le stress du début de course. J’ai aussi chargé en malto un des deux bidons et que j’utiliserai dans la montée après Saint Gervais. Je tourne donc sur un bidon (celui d’eau) sur le début de course ce qui ne pose pas de problème.

 

Nous parcourons cette première section tout en décontraction, j’ai de bonnes sensations, ma cheville va bien. Certes des douleurs passent par ci par là, mais je sais que c’est comme dans chaque début de course, ces premières douleurs changent d’endroit puis finissent par disparaitre une fois le corps bien chaud pour laisser la place à celles liées à l’effort mais c’est pour plus tard.

 

Au bout d'un moment je retrouve le trailer qui était avec moi à l'hôtel, c'est dingue vu le monde ! Il l'avait quitté plus tôt pour rejoindre la pasta parti. Plus âgé que moi, ce n’est pas son premier UTMB. Nous passons devant un enclos où se trouve un troupeau de cochons élevés en plein champ. Je me dis que le saucisson sera bien bon !

Pour ce premier ravito, l’organisation est débordée comme prevu et il faut attendre d’être servi ce qui prend un peu de temps. J’arrive à me faufiler et à repartir au bout de 5 minutes.

 

Les Houches -Saint Gervais (13,1km - 833m) , Altitude départ : 1008m / arrivée : 818m

 

Pour rallier Saint-Gervais il faut monter le Delevret avec ses 800 m à monter. C’est pourquoi je déplie mes bâtons en vue de la montée. On quitte la ville pour les bois et un peu de fraicheur. Le chemin est large et bien stable (terre) et parfumé aux odeurs de sapin de Noel et de serpolet. C’est bien agréable, on est content de pouvoir enfin vraiment mettre en route la machine. Je mange un peu de biscuit aux figues. En fait je ne me sens pas lourd. Je n’ai pas trop mangé avant la course et aussi je supporte très bien mon sac. En effet, mon sac chargé pèse 1.9 kg. Dans tous mes entrainements, j’avais pris mon sac de 20 litres après y avoir placé 2 bouteilles d’un litre pleines d’eau uniquement pour faire lest (car je buvais avec les bidons que j’ai à la ceinture) soit un poids total de 2.8 kg. Ici j’ai donc un kilo de moins sur le dos et ça se sens. J’ai aussi pour 1.2 kg de ravitaillement personnel mais il se trouve réparti à la ceinture dans deux poches spécialement conçues pour cela et dans mon porte-bidon donc je ne sens pas ce poids. Le poids total porté est donc de 3.1 kg.  J’arrive au sommet à 18h38 en 1669 position.

 

Descente tranquille sur Saint-Gervais sous un soleil déclinant et où on retrouve un peu de monde (beaucoup d’accompagnateurs de coureurs) ainsi qu’un ravito qui va procurer liquide et solide. Il est alors 19h39 et je suis en 1722 position. J’applique ma routine habituelle et y ajoute 2 tucs, une rondelle de saucisson, du pain et un peu de fromage, mais je mange assez léger car je ne veux pas trop me charger et repars rapidement.

 

 A ce stade, nous avons parcouru un total de 21km et gravi un cumul de 951m.

 

Saint Gervais -Les Contamines (9,7km-535m) , Altitude départ : 818m / arrivée : 1153m


La section qui doit nous mener aux Contamines est déjà le début de la montée qui doit nous mener tout en haut, c’est pourquoi le chemin s’élève. On est toujours sur de la route forestière bien large et selon la pente, je cours ou marche c’est selon mais je ne me mets jamais dans le rouge et y vais tranquille. Je discute un moment avec une japonaise de Tokyo qui m’explique que la course est retransmise sur la télé nationale au Japon c’est pourquoi il y a beaucoup de concurrents japonais (presque 200 !). Quand on pense que les résultats de l’UTMB ne feront que 3 lignes dans le journal l’Equipe du Dimanche dans la rubrique Sports Extrêmes ! Je n’ai pas l’impression de risquer ma vie au point de dire que l’Ultra-Trail est un sport extrême …. En fait l’UTMB est à l’image de Chamonix qui est une ville fréquentée par une population très cosmopolite avec des gens en provenance de 73 pays et ça se voie sur la course ! J'ai rencontré des trailers des 5 continents ce que est unique sur un trail en France. C’est d’abord sympa mais ça devient rapidement pénible. On se met parfois à parler et personne ne vous répond. Puis on se rend compte au bout d’un moment que c’est parce que ce sont des étrangers. En plus ce sont des concurrents super sérieux qui ne plaisantent guère en course. Les espagnols sont aussi venus en nombre et sont les moins marrants, ne se donnant même pas la peine de te laisser passer alors qu’ils voient bien qu’on est derrière à attendre. Par endroit le chemin se rétrécie et nous sommes à la file indienne. Et là, je vois une concurrente passer par la droite, un peu au dessus du chemin, suivie de deux autres personnes. Je ne peux m’empêcher de blaguer un peu : attention attaque sur la droite ! La nana est une française ! Et du genre susceptible…  et commence à expliquer qu’elle doit absolument doubler parce que sinon ça lui casse le rythme et qu’alors plus rien ne va ! Je me dis qu’elle en verra d’autres et qu’elle gâche de l’énergie voilà tout. Je la retrouverai un peu plus loin et après lui avoir expliqué que c’était juste un trait d’humour, nous bavarderons gentiment un bon moment ensemble. Elle m‘informe qu’elle a déjà fait 5 ou 6 UTMB (je suis dubitatif) et j’en profite pour tirer quelques informations sur la suite. Elle insiste en prenant à témoin d’autres trailers, que passer du temps à la Fouly, c’est dangereux et inutile (La Fouly est le premier village que l’on rencontre en descendant vers la Suisse pour un ravito). Je prends note de cette recommandation. Mais pour le moment c’est vers l’Italie que nous devons aller tout d’abord.  J’ai dans l’idée d’y aller tranquille mais aussi de faire les montées comme à l’habitude c'est-à-dire avec 600m de dénivelé heure, ce qui, avec l’aide des bâtons ne me pose pas de problème.

 

Je n’avais pas bien en tête l’heure où la nuit tombe mais déjà j’ai du enlever mes lunettes de soleil dans les bois pour voir clair et maintenant le jour décline assez vite (nous sommes en montagne) et dans les bois qui mènent aux Contamines, j’y voie de moins en moins et profite de la lumière des concurrents qui me suivent et qui me précédent mais il y a des portions où je suis seul et alors je n’y voie plus rien. Alors m’arrêter pour fouiller dans le noir dans mon sac pour trouver ma lampe alors que les Contamines ne sont pas loin ne me dis pas trop. Je m’entête mais fais attention où je pose les  pieds et rallie finalement Les Contamines sans dommage tout en me disant que j’ai fait une petite folie et que la prochaine fois je sortirai la lampe quand il fera encore jour ! Il est 21h34 et nous avons déjà une heure d’avance sur la barrière horaire, ce qui est rassurant. Je pointe en 1378 position. Avec un temps minime passé aux ravitos, j’espère ainsi accumuler du temps de coté, tel un écureuil en prévision des temps difficiles qui nous attendent sur le dernier tiers de la course. 123 concurrents ont déjà abandonnés. J’en ai vu vomir à grande gerbe alors qu’on n’a même pas attaqué le dur. Je veux bien qu’on soit fragile de l’estomac mais on se demande aussi ce que certains ont du ingurgiter pour se donner confiance suite à entrainement un peu trop mou peut être …

 

Le ravito se fait selon la routine préétablie, je prends de la soupe (bouillon aux vermicelles) et deux tartines pour faire office de sucre lent. A chaque ravito (liquide ou solide), je prendrai l’assiette de soupe qui est proposée car elle nettoie la bouche et procure, outre 25 cl d’eau, des sels minéraux et des glucides via les vermicelles. La routine classique sera : verre d’overstim, puis assiette de soupe puis 2 tucs, et des tartines avec un peu de fromage. Enfin, un gâteau sucré pour repartir avec un peu de sucre assimilable rapidement. Parfois ce sera de la banane qui remplacera le gâteau. Sur l’UTMB, les compositions des ravitos sont tous identiques donc c’est très bien pour éviter de perdre du temps à se poser des questions devant le buffet. En même temps, manger la même chose pendant deux jours, c’est vraiment triste. En plus, je trouve que les sucres lents sont peu fournis. Hormis le pain et la banane, c’est morne pleine. Pas de taboulé ni de salade de riz, il faut faire avec. En plus proposer du saucisson bien gras n’a aucun intérêt diététique pour des sportifs de haut niveau en compétition. Je n’y toucherai plus de toute la course. J’aurai préféré y trouver comme sur les autres trails un peu de jambon.

 

A ce stade, nous avons parcouru un total de 30,7km et gravi un cumul de 1486m et le parcours ne m’a pas vraiment enchanté. On court sur des boulevards, piste forestière pour 4x4 avec des remonte-pentes ainsi que des cannons à neige qui ornent les alpages, pour le coté sauvage faut aller voir ailleurs … (aux Templiers notamment)

 

Les Contamines -La Balme (8,1km-550m) , Altitude départ : 1153m / arrivée : 1703m

 

Lorsque nous quittons les Contamines, il fait maintenant nuit et nous allons attaquer le premier col. La course commence vraiment, pour moi auparavant c’était de l’échauffement c’est pourquoi il ne fallait surtout pas y perdre trop d’énergie. Pour le moment tout va bien, aucun problème en vue. La température baisse et les conditions sont excellentes pour le trail. Nous montons dans les bois pour rejoindre la chapelle de Notre Dame joliment éclairée où du monde nous encourage. Je prends comme prévu un powerbar après la chapelle Notre-Dame pour rallier le ravito en alternant course à pied et montées.  Nous arrivons à La Balme à 23h31 et avons donc augmenté notre avance sur la barrière horaire. Je pointe en 1145 position. Le ravito est aussi monotone que d’habitude, je recharge en malto un des bidons.

 

A ce stade, nous avons parcouru un total de 38,8km et gravi un cumul de 2036m.

 

La Balme -Les Chapieux (10,6km-787m) , Altitude départ : 1703m / arrivée : 1554m


Après la Balme, nous nous dirigeons vers le col du Bonhomme, l’altitude s’élève (787m à monter).  Le chemin devient assez vite pierreux et donc assez technique. La montée est longue et la cohorte de lampes des trailers se voit au loin. Ma lampe n’éclaire vraiment pas beaucoup. Comparé à d’autres participants qui éclairent comme en plein jour, je vois que ma lampe est vraiment faiblarde et me dis que la techno a vachement été améliorée depuis les 2 ans que je possède ma lampe. Au bout d’un moment, nous traversons un petit névé, ce qui m’inquiète un peu. En 1991, lorsque j’étais passé au même endroit pour faire le tour du Mont-Blanc avec l’UCPA, il y avait 40 cm de neige mais c’était en juin. Je ne suis donc pas surpris de trouver de la neige mais nous sommes encore loin du sommet alors je me dis qu’il y en a aussi surement en haut (ce qui ne sera pas le cas). Quand même trouver de la neige à 2300m fin aout, ça n’est pas courant mais 2013 a été une grosse année à neige. L’ascension se fait sous un ciel étoilé de toute beauté, la lampe étant déficiente, je peux encore mieux les distinguer. Et je ne me souviens pas avoir vu autant d’étoiles, quel spectacle fantastique ! Je me dis qu’il faudrait que je revienne avec mon télescope.  Il fait tellement bon que je suis resté en maillot alors que bien d’autres ont mis la veste et les japonais le bonnet et le manteau. Finalement nous finissons cette montée rocailleuse et à 00h37 je suis le 1098 à passer le col. Nous redescendons vers les Chapieux par une voie toujours aussi technique et peu agréable à descendre. Nous y arrivons à 1h35 soit avec deux heures trente d’avance sur la barrière horaire. Je suis en 1159 position.

 

Nous sommes accueillis par un contrôle des sacs où il faut sortir le téléphone, la veste et la deuxième lampe. L’organisation veille au grain. Au ravito un plat chaud était annoncé, je me demandais ce qui allait nous être servi et finalement demande ce qu’est le plat chaud. On me répond que c’est la soupe. Une soupe plus épaisse qu’aux autres ravitos mais là je trouve qu’ils se paient carrément notre tête. Finalement ce sera donc la routine habituelle sans perdre de temps. J’en profite pour changer de lampe. Voilà au moins quelque chose d’utile dans la longue liste des choses inutiles (cette année) à emmener. Je repars au bout de 13 minutes en y voyant enfin bien clair depuis la tombée de la nuit ce qui n’est pas trop tôt !

 

A ce stade, nous avons parcouru un total de 49,4km et gravi un cumul de 2823m.

 

Les Chapieux -Lac Combal (14,7km-958m) , Altitude départ : 1554m / arrivée : 1970m


Après les Chapieux, je me souviens que nous passons dans une partie très sauvage du parcours mais que nous ne verrons pas ! C’est le problème sur l’UTMB, on passe la moitié de la course de nuit et en plus les parties les plus jolies sont en nocturne pour les concurrents lambda. Il s’agit maintenant de monter les 958m qui nous séparent du col de Seigne. Une montée peu technique empruntant un piste de terre bien large et sans difficulté. Je monte en compagnie d’un Normand qui me raconte un peu son parcours. Il semble en avoir sous le pied puisqu’il a fait la diagonale du fou (dont il me dit que les chemins sont pierreux à souhait et pénibles, ce qui me vaccine une nouvelle fois contre l’envie de faire cette course). Il me dit aussi qu’il a fait la Chtitrail qui part du village d’où je viens à savoir Leffrinckoucke le long des plages de sable fin qui vont jusqu’en Belgique. Je m’aperçois aussi que nous avons couru ensemble le superbe Trail de la Pointe de Caux en septembre dernier. Le fait de discuter fait passer le temps dans cette montée où toute une guirlande de lampes nous précède et, ce qui est rassurant, nous suit ! Spectacle magnifique ! Nous parlons et oublions un peu de s’alimenter, ce que je corrige en prenant une powerbar. Soudain, un croissant de lune pas très net apparait derrière la montagne. Dans le noir du ciel dans ce secteur, le contraste est saisissant alors que le croissant est pourtant assez fin déjà et legèrement embrumé,. Le concurrent qui m’accompagne me raconte qu’il est extrêmement sensible au niveau digestif et donc conçoit lui-même son ravitaillement (fourni par son père qui le rejoint sur certains ravitos) en faisant un mélange de quinoa et de sucre (beurk !). D’ailleurs, depuis un moment il me dit qu’il ne digère pas très bien et dans le haut de la montée, il m’abandonne pour s’arrêter un peu. Je poursuis donc seul jusqu’en haut, toujours en maillot, à la fraiche, sans problème. C’est en lâchant un « ça c’est fait » que je passe le col à 4h01 en 1024 position car il y en aura encore beaucoup des cols à monter mais plus jamais de 1000m de dénivelé d’un seul coup. La descente vers le lac Combal est facile et courable. Nous arrivons au lac Combal à presque 5 heures (4h49) pour une barrière horaire à 7h45. D’ici une heure ou deux il fera déjà jour. Je suis en 1019 position. Le ravito est on ne peut plus classique, je ne m’y attarde pas même si je me suis assis un peu pour la première fois depuis le début de la course. On sent qu’on est entré dans le vif du sujet et qu’un cap a été passé. Une descente très longue nous attend et je me pose des questions sur mon tendon qui n’aime pas les descentes.

 

A ce stade, nous avons parcouru un total de 64,1km et gravi un cumul de 3781m.

Repost 0
Published by Dominique Bayart - dans Trail
commenter cet article
28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 12:24

Ca y est … Tout est prêt.. Le sac, les ravito perso, les accessoires, les nouvelles Cascadia de chez Brooks avec ces crampons affutés vont remplacer mon ancienne paire usée jusqu’à la corne par l’entrainement d’enfer mené ces six derniers mois … Alors maintenant y a plus qu’à courir avec le plaisir et en plus le temps devrait être très correct, une fois n’est pas coutume.

 

Voici un lien pour me suivre sur la course qui démarre vendredi 30 août à 16h30.

 

Pour voir où je suis, il suffit simplement de taper mon nom « bayart » dans le petit cartouche blanc en haut à gauche puis de taper entrer.

 

http://utmb.livetrail.net/coureur.php

 

Web TV de la course :

 

http://www.ultratrail.tv

 

A bientôt sur ce blog !

 

Dominique

 

Repost 0
Published by Dominique Bayart - dans Trail
commenter cet article
26 août 2013 1 26 /08 /août /2013 18:22

Cette dernière semaine avant la course a été utilisée non seulement pour rassembler tous les équipements requis par l’organisation (ça va du pantalon de pluie jusqu’au sifflet …) mais aussi pour mettre au point le plan de course. Non pas en termes de rythme ou de vitesse visée mais tout simplement pour déterminer quelle quantité d’aliments emmener avec moi, sous quelle forme et quand les utiliser en course. J’ai acheté des barres riches en sirop de glucose de façon à pouvoir réapprovisionner rapidement les muscles. C’est nécessaire quand le profil enchaine plusieurs montées conséquentes et longues descentes à la suite. Le temps mis pour digérer des aliments classiques est trop long pour permettre à l’énergie d’arriver à temps dans les muscles. C’est ce que j’avais pu vérifier lors du trail des Drayes du Vercors. J’ai donc repéré sur le profil de la course les endroits où il faudra de l’énergie rapidement disponible (en rouge dans le tableau). Je complète avec des barres de gâteaux sucrées à la figue (76% de glucose !) pour maintenir le niveau d’énergie. Je vais aussi preparer des petits sachets contenant de la maltrodextrine en poudre que je vais diluer dans les bidons selon les endroits (car l’organisation n’en fourni pas sous forme liquide pour emmener avec soi). Il va de soit qu’il sera important aussi de miser sur les sucres lents et les aliments complexes aux nombreux ravitos de façon à ce que le corps ne manque de rien. En plus les ravitos ne sont pas tous équivalents : en jaune ceux où l’on ne trouve qu’à boire (bon ça va quand même jusque la soupe aux vermicelles), en orange ceux où il y aura du solide et du liquide et en bleu, ceux où du solide chaud est servi (de la tartiflette je suppose :-). Il faut aussi voir que le temps pour passer entre deux points de ravitaillement n’est pas constant et devrait se situer entre 2h et 3h. Avec mes deux bidons de 600ml, je tiens 2h le jour et 3h la nuit. J’ai donc prévu d’avoir avec moi une bouteille vide que je remplierai lors des ravitos très espacés, plutôt en fin de course, si je suis encore en course ! Comme ma tête aura autre chose à penser qu’à toute cette organisation, j’ai imprimé tout cela sur un petit carton que je vais avoir avec moi avec les heures des barrières horaires pour se repéper. Je me souviens en effet qu’à l’Endurance Trail en octobre dernier, il y a eu un moment dans le dernier tiers où je ne savais plus trop ce qui restait à grimper où à descendre, ce qui est un peu gênant …

 

 

Chamonix

0

P

Barre

 

Les Houches

7,9

 

Figue

 

Le Delevret

14

 

Figue

 

Saint Gervais

21

 

 

 

Les Contamines

31

 

 

 

Notre Dame

35

 

Barre

 

La Balme 00h30

39

P

Barre

 

Col du Bonhomme

42

 

 

 

Refuge

44

 

Figue

 

Les Chapieux 4h

49

P

Barre

 

Col de Seigne

60

 

 

 

Lac Combal 7h45

64

 

 

 

Arete Mt Favre

68

 

Figue

 

Col Checrouit

73

 

 

Pas d'O

Courmayeur 11h

77

P

Barre

 

Bertone

82

 

Figue

 

Bonatti

89

 

Figue

Pas d'O

Arnuva 16h15

95

P

Barre

3 Bidons

Gd Col Ferret

99

 

Barre

 

La Peule

103

 

 

 

La Fouly 20h45

108

P

Barre

3 Bidons

Praz

117

 

Figue

 

Champex 00h45

122

P

Cafeine

3 Bidons

Bovine

132

 

 

 

Trient 5h45

139

P

Barre

3 Bidons

Catogne

144

 

 

 

Vallorcine 9h15

149

P

Barre

3 Bidons

Montets

153

 

 

 

La tête aux Vents

157

 

 

 

La Flegere 13h00

160

Figue/Fouet

 

Pas d'O

Chamonix 14h30

168

 

 

 

 

Mis au repos forcé par le tendon de ma cheville, j’ai du aussi organiser mes repas pour ne pas prendre de poids tout en étant sédentaire, ce qui n’est pas toujours simple (en gros, je bannie le gras et limite les glucides uniquement au pain en mangeant, et me nourri uniquement de fruits, légumes et viande blanche ou poisson). Néanmoins, j’ai recommencé à marcher 1h ou 2 dans le bois sur tout type de profil pour voir comment réagissait la cheville et j’ai même fait quelques petites courses, sans problème. Alors j’ai décidé d’avancer la sortie running qui devait déterminer si la cheville était OK à lundi. Et ça s’est très bien passé, une sortie d’une heure et demi tout en facilité, et la cheville ne s’est pas manifestée. Donc les feux sont aux verts pour prendre le départ, c’est un sacré poids mental dont je me libère.  En plus cette course facile m’a confirmé que je ne pense pas avoir vraiment perdu de capacité par ce repos complet d’une semaine. Certes je ne peux pas l’étirer complément sans avoir mal donc c’est encore fragile mais d’ici vendredi ça ne peut que s’améliorer. Tout s’annonce bien, la météo devrait être belle avec quelques averses (pour que les onéreux équipements que j’ai du acheter servent un peu !). En plus mon horoscope de la semaine dans le télé Z dit pour les natifs du cancer : « la journée de samedi est prometteuse de hasards heureux et de bonne humeur. Cependant, vous n’êtes pas tout-à-fait à l’abris de complications inattendues ». Moi, ces prévisions, elles me vont bien !

Repost 0
Published by Dominique Bayart - dans Trail
commenter cet article
21 août 2013 3 21 /08 /août /2013 22:19

Mon programme d’entrainement a donc été très chargé depuis 2 mois et surtout dans les 4 dernières semaines. En outre mon poids est au taquet pour la course (71 kg pour 1m78 comme pour l’Embrunman) et cela tout en ayant mangé une très bonne côte de bœuf de charollais à Oléron et des gaufres par-ci par-là !

 

Tout pourrait aller pour le mieux sauf que depuis le retour de Planchard, la douleur au tibia a enflé jusqu’à la cheville et je ne peux plus courir plus d’une heure sans douleur intenable. En plein pont du 15 aout, difficile de trouver un médecin du sport sur place, c’est donc en rentrant  sur Clamart que je consulte. Diagnostic : légère déchirure du tendon du tibia avant gauche. En principe il faut 3 semaines pour s’en remettre. Entre le 11 et le 29 aout, cela fait 18 jours donc l’espoir reste permis. J’avais d’abord cru à une tendinite (inflammation), difficile et bien plus longue à traiter ou bien à une périostite. J’avais alors pensé que je ne me rendrai même pas à Chamonix alors que je suis pourtant affuté comme jamais … Sentiment étrange.

 

Pour évacuer le sang et faciliter la cicatrisation, je masse avec une tasse et de la pommade et c’est vrai que c’est positif. Inutile de préciser qu’il faut le repos donc j’en suis réduit à préparer l’UTMB à rester le cul dans mon fauteuil. Et oui ! Car c’est seulement ainsi que je pourrai maximiser le nombre de km que je pourrai éventuellement faire. On est le 21 et peu à peu ça va mieux mais les progrès sont lents mais je garde espoir. Sur une déchirure je n’ai rien à me reprocher. Cela arrive aux plus grands champions, n’importe quand et on ne peut pas vraiment prévenir. J’ai fait le programme d’entrainement qu’il fallait pour donner un sens à ma présence sur la ligne de départ, le corps n’a pas tout à fait tenu comme il fallait, c’est comme ça. Cette course est surement d’un niveau qui dépasse mes possibilités (ça j’en suis persuadé depuis le début). J’ai fait depuis 6 mois tout ce qu’il fallait en termes d’entrainement, de privations alimentaires, d’efforts fait avec le matériel et les ravitos en course, après ça passe ou ça casse. De toute façon, cette préparation fut déjà en elle-même une aventure enrichissante de par les paysages traversés et les gens rencontrés ainsi que par toutes les émotions que j’y ai ressenties. Il reste encore une petite ouverture vers la ligne de départ, je compte bien en profiter et aller là où mes jambes voudront bien me conduire.

Repost 0
Published by Dominique Bayart - dans Trail
commenter cet article
21 août 2013 3 21 /08 /août /2013 21:21

Le retour à la maison ayant eu lieu le week-end dernier, il est temps de faire un petit bilan sur les devoirs de vacances qui étaient annoncés pour les quatre dernières semaines. Et bien, malgré la chaleur, je reviens avec le sentiment du devoir accompli. Les deux premières semaines passées à Oleron ont porté sur la durée avec des sorties entre 2h20 et 3h pour un total par semaine excédant les 100 km. Tout cela avec sur le dos, mon sac de 20 litres chargés de 2 kilo (sous forme de flotte) et à l’avant, mes deux bidons de 60 cl qui me permettent de tenir 2 heures avant de recharger. Avec une bonne hydratation, tout se passe bien même si je me suis arrangé pour faire les sorties le matin avec une bonne moitié dans les sous-bois de Martière et des Saumonards. J’ai aussi testé la casquette sur forte chaleur. Ce qui est très appréciable c’est que la transpiration mouille la casquette qui se charge de l’évaporer au fur et à mesure. De ce fait, la sueur ne me ruisselle pas dans les yeux. Et donc, je peux m’autoriser à mettre les lunettes de soleil, ce qui repose bien les yeux l’été. J’y ai aussi casé deux sorties vélo de 140 et 80 km.

 

DSCF5683.JPG

En allant vers le refuge de l'Alp par le sentier des crevasses ....

 

Arrivé dans les Hautes Alpes, j’ai tout de suite voulu tester où j’en était dans ma préparation avec un trail perso de 50 km partant du Monetier les Bains à 1480m à travers les montagnes via le col du Lautaret à 2060m puis bifurquant au refuge de l’Alp D’Arenne pour remonter aux sources de la Romanche et grimper au refuge Adèle Planchard à 3160m pour simplement y boire une bière, manger un morceau et redescendre dans la foulée pour rentrer via le col d’Arsine pour atteindre le village du Casset. Tout cela mis bout à bout, cela fait 2000m D+ / 2000m D- sur 50 km soit un tiers environ d’UTMB en à peine plus de 8 heures.

 

DSCF5650

Au col d'Arsine le soir venu

 

Le lendemain et surlendemain, rando vers le lac Noir au dessus de Cervière puis dans le massif des Cerces sans sentir de fatigue spéciale. Voilà qui m’a bien rassuré sur la suite à y donner.  En effet, une fois n’est pas coutume dans cette région ensoleillée, mercredi et jeudi ont été des journées maussades voire pluvieuses, parfaites pour m’entrainer en montagne dans de telles conditions. Par deux fois, j’ai donc fait l’aller-retour tranquille au col du Lautaret en 3h environ et en courant presque tout le temps de la montée des 500m de dénivelée parmi veaux et vaches et moutons. Toujours avec sac à dos lesté et bidons ventraux. Le vendredi récupération avec l’intégrale des crêtes de Peyrolles en partant de Briançon (1400m D+) et en travaillant la poussée de bâtons dans les montées. Le week-end passé sur place a été aménagé pour augmenter le temps passé en haute altitude pour faire des globules. Pour cela, je pars samedi matin du Monetier en direction de Planchard comme le dimanche d’avant. La montée s’est fait sans problème, en aménageant des pauses pour manger et une montée maitrisée avec une arrivée vers 17h30 comme prévu au refuge à presque 3200m pour y passer la nuit. Comme emplacement accessible par sentier sans crampon, il n’y a pas plus haut dans les Ecrins.

 

DSCF5710

Le refuge Adèle Planchard

 

Le lieu est vraiment destiné à la haute montagne pour gravir les sommets avoisinants comme la Grande Ruine à un peu plus de 3700m. Pas d’eau (uniquement en bouteille ou bien eau de fonte non minéralisée), pas d’électricité (sur batterie le soir), livraison par helico limité car situé dans le parc national des Ecrins (et onéreuse) donc pas de lait frais mais en poudre. Les portions sont bonnes mais on sent que le pain est compté vu que le boulanger il habite un peu loin … Inutile de préciser que les toilettes sont constitués d’une cahutte, à la turque sur le pierrier situé en contrebas du refuge.

 

DSCF5708

La Grande Ruine

 

La soirée est très sympa avec un couple de randonneurs grenoblois avec qui j’ai beaucoup échangé sur mon projet sportif. La nuit est fraiche malgré le pull et les quatre épaisseurs de couverture, la chambrée n’était qu’à moitié pleine et il a du geler à l’extérieur durant la nuit.

 

DSCF5698

Les brumes le soir venu au dessus du glacier près du refuge, avec au dessus la barre des Ecrins (4100m)

 

Le lendemain, j’ai prévu un petit programme avant de rentrer au bercail. A savoir après la descente du refuge jusqu’à 2000m, la remontée sur l’autre versant de la montagne vers le refuge du lac du pavé situé à 2850m d’altitude.

 

DSCF5718

Le refuge du pavé

 

La remontée est vraiment difficile car longue et ennuyeuse, dans la caillasse et il faut en plus contourner la moraine par le haut en grimpant au delà de 2900 m d’altitude avant de redescendre vers le refuge. Petite satisfaction, les deux chamois avec lesquels je suis tombé nez à nez dans une combe située vers 2600m d’altitude.

 

DSCF5716

Les chamois dans la montée au lac du pavé

 

Déjeuner au lac avec seulement un bain de pied car la neige qui entoure le lac le maintient à 4 degré (mesuré avec ma montre).

DSCF5723

Le lac du pavé, glacé comme il se doit

 

13h, il faut déjà repartir et tout redescendre pour passer le col d’Arsine et rentrer au Monetier afin d’être à l’heure pour un massage bien mérité aux Bains.

 

DSCF5722

Le lac du pavé, coté vallée

 

Ce séjour en altitude s’est donc déroulé comme prévu avec un total de 3000m D+ (réparti sur samedi et dimanche) et 3000m D-( fait uniquement le dimanche). Juste une douleur dans le tibia lors de la descente du lac du pavé mais j’ai pu être à l’heure au Monetier.

DSCF5653

Dans l'ombre d'un trailer au couchant ...

 

Le lundi, c’est comme un marronnier lorsque je suis près de Briançon, il me faut monter l’Izoard à vélo et par le coté le plus joli donc le plus difficile s’il vous plait. Pour une boucle de 170 km depuis le Monetier en passant par Saint Pancrace puis par le col menant à Presles en Vallouise pour rallier l’Argentière et contourner Montdauphin par le col de Fressiniere (rampe de 2km à 10%) et  après avoir contourné l’aérodrome, arriver sur Guillestre à 850m d’altitude où je ne passe désormais  plus sans déguster une ou deux excellentes gaufres au bar le Central avant d’entamer l’ascension du col à 2360m d’altitude soit plus de 1500m de dénivelé à gravir dont pas mal de 10-12%. Après une halte à Hervieux pour refaire le plein de sucre et prendre un peu d’eau, je me lance dans les lacets les plus difficiles après Brunissard et après c’est une question de rythme et de douleur, mais ça se monte et au bout d’un moment on arrive dans les paysages magiques de la casse déserte et des dernières montées vers le col. Là, il est temps de redescendre deux lacets pour aller déguster une part de tarte aux myrtilles arrosée d’une bonne Leffe. Que c’est beau et que ça fait du bien. Puis retour sans problème vers le Monetier avec quand même 300m à remonter après Briançon. Voilà un programme bien rempli, la suite de la semaine consistant surtout dans quelques rando et un peu de course à pied.

 

J’ai donc de quoi être satisfait du programme d’entrainement mené pendant les vacances avec plus de 500 km parcourus en quatre semaines et plus de 12000m D+ durant les deux dernières. Reste à récupérer d’ici la course et à laisser les globules rouges gentiment prospérer.

Repost 0
Published by Dominique Bayart - dans Trail
commenter cet article
15 juillet 2013 1 15 /07 /juillet /2013 19:33

L’ultra-trail du Mont-Blanc (UTMB) est monstrueux de par la distance à parcourir (168 km) et le dénivelée totale (9600 m). Pour des participants comme moi dont le seul but est d’être finisher, c’est presque 2 jours et 2 nuits de course ininterrompus qu’il faudra pour atteindre le but. Pour moi le fossé est important puisque je me suis limité pour le moment à 100km / 4500m dénivelée positif (D+) fait en 18h30. Un premier but pour moi sera dans un premier temps de dépasser cette limite. Cela correspond à peu prêt au franchissement du col du Val Ferré pour basculer vers la Suisse, afin d’y passer la seconde nuit à rallier la France par le Trient. Mes chances de terminer sont très minces. De ce fait, pour au moins  se mettre en situation de pouvoir espérer finir, l’entrainement doit aussi avoir quelque chose de monstrueux. C’est pourquoi je n’ai pas sauté de joie en janvier dernier quand j’ai appris que j’étais sélectionné (à ma première demande !) car je savais à cet instant qu’il me faudrait fournir un volume d’entrainement démentiel et que ça serait loin d’une partie de plaisir … Depuis j’ai un peu changé. Tout d’abord, j’apprécie chaque jour la chance d’être en situation de préparer l’UTMB et me projette déjà avec envie sur la première nuit de course et si en plus, il faisait beau !!

 

Pour l’entrainement, j’ai consulté et réfléchi et comme à chaque fois, il s’agit de monter en puissance tout en gardant une certaine fraicheur mentale. Mon plan comprend 3 phases principales. La première est la remise en route de la machine sur le premier trimestre pour atteindre en douceur un premier pallier avec un trail de 50km / 1000m D+. La seconde a eu pour but de pousser encore l’entrainement et finaliser la perte de poids afin de mettre le corps en ligne avec un objectif de trail long sanctionné par un trail de montagne de 62km / 3000m D+. La dernière phase consiste à particulariser l’entrainement vis-à-vis de cet objectif très particulier qu’est l’UTMB. En voici le détail.

 

Première phase

Pour chaque phase, je me suis donné un objectif intermédiaire afin d’aider le mental. Durant les  premiers mois de l’année, après avoir couru en pointillés durant les neiges de janvier, je suis passé à 3 à 4 sorties par semaine pour un total entre 40 et 60 km et avec déjà presque chaque semaine, une sortie longue de 25 km sur terrain accidenté (2h45). C’est avec un total de course de 300 km qu'à mi-mars je prenais le départ de l’Ecotrail 50 km dans la forêt du château de Versailles encore blanchie par les dernières neiges.

 

Seconde phase

Après m’être dégourdi les jambes durant la première phase, les odeurs de printemps m’ont donné l’envie de poursuivre l’aventure afin de préparer l’objectif intermédiaire à mi-juin qu'étaient les Drayes du Vercors qui se court dans les montagnes entourant le village de la Chapelle-en-Vercors. Pour cela, d’avril à début juin, je suis passé à quatre sorties par semaine pour un total de 60 km dont la sortie longue de 25 km, pour un total d’environ de 6 à 7 heures de course. Durant les 10 semaines de préparation, vous avez pu lire sur ce blog le petit intermède de 2 semaines passées en Ecosse où j’ai essayé de courir un peu aussi … Cela m’a conduit à un total à 600km d’entrainement supplémentaire, portant le grand total à 800 km parcouru. Durant cette seconde phase, j’ai aussi mis en œuvre en course les nouveaux équipements que sont pour moi les boosters aux mollets, cuissards compressifs et autres bâtons en vue de l'UTMB.

 

Troisième et dernière phase

Cette ultime phase de 2 mois environ est destinée à la montée en puissance finale avec un entrainement spécifique pour l’UTMB. Elle allie course à pied, tracking (randonnée active) et course à pied en montagne, et vélo (eh oui, on ne peut pas courir tous les jours !). Cette phase a débuté par le trail en montagne dans le Vercors où j’ai pris conscience de l’importance d’allier sucres rapides aux sucres lents en territoire montagnard et de s’alimenter en eau avec des bidons plutôt qu’uniquement à la pipette. En montagne, les besoins sont importants en glucides comme en eau et il faut faire vite pour réalimenter le corps.

 

Le plan d’entrainement consiste à 4 sorties running par semaine pour un total de 90km par semaine, dont une sortie ultra-longue de 3 à 4h. J’y ajoute 2 sorties vélo de 4 heures chacune (une petite centaine de km avec quelques bonnes montées, en vallée de Chevreuse pour moi) afin de porter l’entrainement à 6 jours par semaine, le vélo soulageant en peu les articulations. La sortie longue est d’abord de 2h45 pendant les 2 premières semaines des 8 semaines restantes. Désormais, je cours à chaque fois avec mes deux bidons devant, et 2 litres d’eau de lest dans mon sac à d’eau (surement à renforcer). Puis, je pars en vacances pour 2 semaines à Oleron où je vais porter à 3h cette sortie hebdomadaire qui sera de la course pure sans marche. J’y ferai aussi 3 sorties de 2 heures réparties ainsi. La première la veille de la sortie longue. Le lendemain de la sortie longue, c’est 100km de vélo minimum pour une sortie de 4 à 5h. Puis, ensuite au fil des jours, entrainement de 2h puis re-vélo puis re-2h puis repos hebdomadaire.

 

Planchard.jpg

Le refuge Adèle Planchard dans le massif des Ecrins

 

La deuxième semaine, même programme et repos le samedi car je serai assis confortablement au volant de ma voiture car je mets le cap à l’Est pour 2 semaines pour le Monêtier-les-Bains où de belles pentes m’attendent dans le massif des Ecrins. Là-bas, je vais faire par 3 fois le tour du Combeynot en passant par le village du Casset. Je vais aussi y ajouter l’ascension de quelques lacs d’altitude (lac du pavé situé à 2840m) ou refuge (Adèle Planchard le plus haut refuge des Ecrins atteignable par sentier à 3169m) pour compléter ces sorties. Ce mini-trail de montagne partant du Monêtier fait 40 km de long et 1800m D+ quand on y inclut la montée jusqu’au lac du pavé. Cette sortie devrait me prendre entre 6 et 7 heures alternant course à pied et marche en montée. Quand on fait ce tour en montant au refuge A. Planchard à la place comme je le ferai le dimanche le lendemain de mon arrivé au Monêtier, la virée pousse à 2100m D+ mais avec une bière au refuge ! Ce sera pour moi une reconnaissance pour le vendredi qui suit. J'ai en effet prévu d'y passer la nuit en partant depuis le col du  Lautaret en début d'après-midi (après avoir monté le Galibier à vélo le matin s'il fait beau). Avec une soirée sous les étoiles et un levée de soleil inoubliable, j'y ferai un peu de globules pile 3 semaines avant l'UTMB ... Le lendemain, après être redescendu du refuge,  je ferai ma sortie longue de 6h dans les sources de la Romanche avec une toilette au lac du Pavé bien sur ! J’ajoute à chacune des 2 semaines, une sortie de récupération de 1h30 le lendemain de la sortie longue et deux autres sorties de 2h. Je ferai ces sorties de 2h en remontant la Guisane en direction du col du Lautaret. Le mardi et le jeudi je ne courai pas car je « recupère » avec des randonnées classiques de 1000m D+. En plus de ce programme chargé, j’espère y caser l’ascension à vélo du Granon un soir après la rando et peut-être une sortie de 6h au col d’Izoard par Guillestre avec retour par le Laus !

 

Puis repos le dimanche avec le retour à la maison. La fin de la préparation va consister en une sortie de 2h le lundi suivie de la sortie longue de 2h45 puis repos puis deux sorties de 2h le jeudi et le vendredi. A cette date, le travail de préparation sera terminé avec un grand total excedant 1700 km parcouru dont plus de 700 km dans les deux derniers mois. Une difficulté dans l’entrainement pour l’UTMB est d’arriver en bonne état à la course. C'est pour cela que j'ai intercalé des sorties vélo entre les sorties running. C'est pour la même raison que je me laisserai une semaine de repos complet jusqu’au départ le vendredi suivant à 16h00. Peut-être une sortie vélo le dimanche pour se degourdir les jambes. Le jeudi 28 je prendrai le train pour Vallorcine où je dormirai au calme avant de rallier le barnum de la ligne de départ le vendredi. Là, le plaisir pourra commencer et parfois des rêves viennent à se réaliser …

Repost 0
Published by Dominique Bayart - dans Trail
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de running-trail
  • Le blog de running-trail
  • : La vie d'Ultra-trailer, d'Ironman, et autres de Dominique Bayart
  • Contact

Recherche

Liens