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17 juin 2013 1 17 /06 /juin /2013 18:15

 

Dès que le soleil passe au dessus de la barrière de falaises qui entoure la forteresse du Vercors vers 6h du matin, les brumes légères descendues sur le plateau pendant la nuit se dissipent rapidement.

 

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Place au soleil ! Ici du côté de Pré-Vallet

 

Place au soleil qui va régner toute la journée sur le massif et cela nous ravi car j’ai encore en tête le trail dans le Causse Noir à Millau avec de la pluie tout du long.

 

Carte Les Drayes du Vercors Grand

 

Vu que le trail d’aujourd’hui n’est pas du tout construit comme un trail roulant, avec ces 3150m D+ pour 62km, on sera presque tout le temps soit en train de monter soit de descendre et pour cela, mieux vaut avoir les pieds au sec. En revanche, la première vague de chaleur est annoncée dans la région et on se doute que ce sera une difficulté supplémentaire à gérer. J’ai donc prévu une casquette légère de façon à la mouiller quand il fera chaud afin de m’apporter la fraicheur. Quelques minutes avant le départ donné à 7h du matin, nous assistons à un court briefing où il nous est conseillé d’en garder sous la semelle pour la deuxième boucle (sans blague !).

 

Les visages sont fermés, on ne blague pas, chacun sent que ce ne sera pas une épreuve simple à gérer. Nous ne sommes que 67 ce qui donne une ambiance de club. Mais ne nous y trompons pas, les personnes qui sont là savent où elles mettent les pieds et sont presque toute aguerries dans le domaine du trail long, ce qui sera confirmé dans les discussions que j’aurai tout au long du parcours.

 

Celui-ci se compose de deux boucles différentes, la première de 24 km et la seconde 38 km. La première , sur la partie Est, consiste à gravir Côtes Plaines puis les Claveyron ce qui fera déjà 1350m de D+.

 

 

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Profil de la première boucle

 

Je suis avec un ami de longue date Guillaume, au corps d’athlète mais novice sur le trail long et d’un autre Dominique que moi, qui est un ami de mon ami et qui a déjà fait l’expérience des trails et qui est aussi alpiniste à ses heures perdues ...

 

Le départ est donné et nous nous élançons en quittant tout de suite le village de La Chapelle en Vercors en direction des Bérards pour entamer l’ascension de Côtes Plaine qui est la première difficulté de la journée. Comme on part plein Est, toute la première boucle se fait à l’ombre de la montagne qui est au dessus, qui plus est sous les branches des arbres qui tapissent ces monts. Les conditions sont donc excellentes, on monte tranquille à la fraîche même si le chemin se cabre presque à 45deg sur la fin de la première ascension !

 

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Guillaume, dossard 43, en plein effort à l’arrivée vers Pré-Vallet

 

Nous arrivons à Pré-Valet vers 8h où se trouve le premier point d’eau où il faut penser à boire. S’ensuit la descente tranquille vers St-Agnan en Vercors où nous arrivons vers 8h35 pour le premier ravito au km 14. Durant cette première partie, il a été vite clair qu’il serait difficile de rester tous trois ensembles. Non seulement nos rythmes de course sont différents car je suis assez rapide dans les montées mais vais mollo dans les descentes tandis que l’autre Dominique part plus vite que nous. Sur le long terme aussi, je fini en général plutôt mieux que je ne commence à l’inverse de mes compères. Guillaume me rejoint rapidement sur ce premier ravito. J’essaie de prendre du solide qui tient au corps. En effet j’ai oublié à la maison le pain énergie que j’avais confectionné et donc c’est sur les ravitos que je vais me servir. Vu qu’ils sont rapprochés, cela ne posera pas de problème. Je privilégie les tartines au fromage, les tucs et un peu de saucisson sec pour le sel et évite le sucré. Pour l’eau, inutile de se charger de 2 litres, vu qu’il y a un point d’eau en haut de chaque montée et un ravito en contrebas, on peut tourner sans problème avec seulement un litre dans le sac. Nous montons le Claveyron qui est plus facile à monter que le mont précédent et nous offre une magnifique vue à son sommet où nous trouvons un peu d’eau et où je retrouve Dominique pour une photo. Il est alors environ 9h20.

 

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Au sommet du Claveyron avec Dominique (dossard 69) à ma droite à l'heure de l'apéro !

 

La descente se fait à allure rapide, les sensations sont bonnes au bout de 3 heures de course, je n’ai même pas eu de douleurs dans les jambes comme au début des trails précédents (cela doit être grâce aux vêtements compressifs) et je n’ai eu aucun problème de digestion. Nous redescendons vers la Chapelle pour arriver vers 10h25 au second ravito où je mange toujours la même chose (peut-être un peu de sucré aurait mieux rechargé les batteries à ce stade). Je fais le plein en eau car je ne suis pas sûr de l’emplacement du prochain point d’eau. Je vois passer Dominique qui ne s’arrête pratiquement pas tandis que Guillaume me dit qu’il part devant car il pense que je le rattraperai. C’est la dernière fois que je le verrai sur ce trail ! Au bout d’une dizaine de minutes, je repars avec de la nourriture dans les mains (une demi-banane, du pain avec du fromage et du saucisson). Je mangerai dès que la pente s’élèvera et que je repasserai à la marche à pied. Il y a quelques km à faire à découvert à la sortie du village pour se diriger vers la montée du Campaloup pour, après Les Baraques, aller ensuite vers les Ayards. Le soleil est déjà haut et le passage du sous-bois ombragé au plein soleil sur le bitume fait un drôle d’effet. Il reste pourtant encore 38 km à parcourir ...

 

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Profil de la seconde boucle

 

Je commence à avoir mal aux jambes et cela va s’accentuer au cours des deux montées successives à faire jusqu'au ravito 3. Cela fait 4 heures qu’on est parti et je ne comprends pas bien ce qui m’arrive. A priori je ne vois pas à ce stade où j’ai commis une erreur. J’ai essayé de bien boire et de bien manger mais pourtant les douleurs s’accentuent et je ne me sens pas très bien. Ma casquette mouillée me fait même trop froid à la tête et je décide de l’abandonner ce qui était prévu mais pas de si tôt ! Je passe une longue période dans la forêt à suivre Marc, un personnage assez extraordinaire, créateur de festivals et de societés de musiques qui suite à mes questions m'explique faire à presque 60 ans, du trail (la Diagonale du Fou à la réunion l'an passé) et du vélo allongé pour son association à but humanitaire tel que l’aller-retour pour Arménie (6000 km !) l'an passé. Puis, dans le bois des Ayards, nous doublons Dominique qui est à la dérive et qui ne court plus ! Au ravito (km 44), je n’ai pas envie de solide car je ne me sens pas capable de le digérer. Sachant que j’ai sur moi du pain, de la viande séchée et quatre barres d’ovomaltine et qu’il est seulement 12h15, je me dis aussi que ça ne presse pas de manger car le dernier ravito a eu lieu il y a seulement 1h50. Je bois donc un peu d’eau, me verse un broc d’eau sur la tête et repars en prévoyant un ravito perso quand j’aurai un peu plus faim. A ce stade, je reconnais après coup que ne me sentant pas très bien, j’aurai du faire un break (surtout avant d’entamer la partie la plus dur et la plus technique du parcours) et me refaire la cerise avec du sucré et de l’eau en quantité avant de repartir. Dominique me rejoins sur le ravito, épuisé, au moment où je repars pour la montée dans le bois de l’Allier pour rejoindre le haut de la falaise. La montée est difficile, je progresse mais prends sur moi car j’ai bien mal.

 

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Arrivée en haut de la falaise de l’Allier pour la bascule, derrière moi …

 

Arrivée en haut pour la bascule, une superbe vue s’offre à moi et en même temps c’est de l’autre coté, contre la falaise cette fois, et en plein soleil qu’on va devoir progresser désormais pendant les km à venir. En plus je fais l’erreur de penser que la montée est finie alors qu’en fait on redescend 400m avant d’en remonter 300m jusqu’au pas de l’Allier où se trouve le point d’eau. 14h45, la chaleur est maintenant lourde. J’ai tellement mal que je m’affale en arrivant, avec en tête l'idée d'abandonner une fois redescendu en bas et donc à prendre ici tout le temps qu’il faudra pour aller mieux.  


N’ayant que de la souffrance en retour de mes efforts, je ne voie pas l’intérêt de continuer. En plus je trouve à ce moment là qu’on ne court pas assez dans ce trail ce qui ne me permet pas de récupèrer correctement. Si je compte, cela presque 3 heures que je n’ai pas couru. Quoi qu’il arrive, j’aurai fait la partie la plus sympa du trail, je n’ai rien à gagner à terminer et je ne vais pas prendre le risque de me lancer dans un plan galère dans la dernière ascension. Je bois pas mal, mange une barre ou deux et me repose. Je voie arriver les uns après les autres mes compagnons de trail que sont Thierry, Marc ou Alain. Au final, j’ai l’impression d’avoir fait ce trail avec les 5 mêmes personnes que j’ai revues tout au long de la course. Mais depuis 2 heures et sur les 2 heures suivantes, je cours seul ce qui fait long quand même, surtout qu’on n’a personne à qui se raccrocher quand ça ne va pas bien. Au bout d’un moment arrive à ce point d’eau à mon grand étonnement Dominique qui s’est refait une santé. Sa technique de réanimation est basée sur le coca. Cocktail de sucre et de caféine, c’est vrai que ça requinque. Il en a toujours une petite bouteille sur lui et m’en fait boire la moitié, même si je ne suis pas vraiment convaincu. Dominique me dit que ce n'est juste pas pensable d'abandonner !

 

Nous repartons, lui plus vite que moi ce qui fait que je fais la descente seul. Mais peu à peu, je me sens moins mal. Il est maintenant passé 15h, le soleil descend un peu, et surtout nous sommes désormais à l’ombre sous les arbres. La descente jusqu’au hameau des Baraques est agréable et roulante et suffisamment longue pour que la douleur m’abandonne peu à peu. C’est à peine rassuré que je rejoins le 4eme ravito au km 53 vers 15h25, où se trouve encore Dominique, et où je prends du coca (plus un peu en stock pour prendre en haut de la dernière montée), mange une barre ainsi qu’un peu de gâteau sucré. C’est vrai que le transfert énergétique du glucose est quand même immédiat et massif c’est pourquoi mixer les sucres lents avec les sucres rapides est assez efficace. Je supporte également mal la chaleur. Pourtant, je constate que nous avons 1h30 d’avance sur la barrière horaire, j’ai beaucoup moins mal et sens mes forces revenir alors pourquoi ne pas faire la dernière ascension des Aigaux.

 

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En face, depuis le belvédère, le pas de l’Allier, sur la falaise au loin

 

La montée se passera sans difficulté, comme si je venais de demarrer le trail ! C’était donc juste un coup de chaud mélangé à un manque de sucre disponible (hypo). La montée me parait courte alors qu’elle est aussi longue et raide que les autres et j’arrive au point d’eau dans les 50 min habituels pour 500m de dénivelé non sans avoir fait un petit détour jusqu’au belvédère pour prendre le pas de l’Allier en photo, sur le versant d’en face. Au point d’eau, je prends quand même mon temps, boie le restant d’eau de ma bouteille d’un litre et le coca que j’avais stocké, mange une barre et entame la dernière descente vers 16h35. J'aurai ainsi bu environ 7 litres au cours de la journée mais il faut avouer que sur plus de 10 heures d'effort, c'est insuffisant comme en temoignent les gouttes de sueur qui tombaient en nombre à chaque pas durant la dernière montée.

 

Dans le bas, je retrouve des participants du relai et me surprend à les suivre, faisant la descente à pleine vitesse sans compter mes forces. A ce rythme, il ne nous faut même pas 20 min pour redescendre et retrouver la morne plaine. Cependant, à ce stade, il reste au moins 3 km avant de rejoindre le centre du village non sans en avoir fait le tour par le stade de rugby pour ne pas croiser la départementale, ce qui, en plein soleil, parait vraiment très long quand on a abandonné ces dernières forces dans la descente. C’est accompagné de fougueux relayeurs que je termine pour ma part tranquillement et dans la souffrance ce trail. Il est alors 17h35. Au classement, cela donne Thierry, Guillaume, Alain, Marc, Dominique et enfin moi qui ferme la marche de notre petit groupe. Une heure sépare le début et la fin du groupe ce qui montre l’étalement des coureurs. Certains regretteront le faible nombre de participants, d’autres apprécieront la possibilité de longues chevauchées solitaires, toujours est-il que l’organisation est parfaite avec une signalétique omniprésente et de nombreux points de suivi tout au long de la course. Ce trail a donc tenu ses promesses tant dans la variété et la beauté des paysages traversés que dans son lot d’émotions en tous genres et où une fois de plus je suis passé par tous les états …

 

Au bilan, je mets 10h35 ce qui parait long pour un 62 km. En même temps, si je regarde mon temps lors des Templiers 75km (3000m D+), il m’avait fallu 1h40 de plus pour faire les 13 km supplémentaires assez roulants. Compte tenu des 200m D+ de différence soit 20 mn à rajouter, cela donne 2h pour faire les 13 km restant, on est donc sur les mêmes bases. Cela montre donc qu’on n’a pas trainé en route et que la performance est tout à fait acceptable. En plus j’ai bien appris sur ce trail. En ayant négligé les sucres rapides, l’enchainement des montées a vite épuisé mes réserves qui ne pouvaient se reconstituer dans un temps aussi court entre les montées. La chaleur a fait le reste … Ce que j’ai d’abord pris pour un coup de chaleur parce que je ne voyais pas d’autre raison est en fait plutôt lié à une hypoglycémie qui ne voulait pas dire son nom puisque je ne l’ai même pas reconnue tant j’ai l’habitude de courir avec de faibles réserves glycémiques sauf qu’en général je ne vais pas au-delà de l'épuisement des reserves ! Ici ce qui s’est passé, c’est que, pour pouvoir continuer à avancer, mon organisme s’est nourri à la fois sur les graisses et sur le muscle ce qui explique les douleurs et également l’état délabré de mes muscles deux jours après, comme si j’avais fait un marathon à pleine bourre. En fait je n’ai pas fait que casser de la fibre musculaire comme je le pensais, j’en ai bouffé aussi une partie ! Enfin cela démystifie le coté magique du coca qui n’est que du sucre rapide qui passe rapidement dans le sang (comme la bière sans alcool dans l’Ecotrail l’an dernier). Cela explique aussi pourquoi j’ai eu froid avec la casquette mouillée sur la tête. Sur le prochain trail (UTMB !) il faudra donc me discipliner à mixer sucres lents et sucres rapides lors des ravitos et je pense qu'ainsi je pourrai minimiser ce genre de pépin. C’est inestimable pour la suite des événements et comme c’est plutôt du froid que du chaud dont on souffre sur l’UTMB, je n’y crains en revanche pas le coup de chaleur !

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Published by Dominique Bayart - dans Trail
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