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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 17:08

Prologue

Un après midi, après avoir cherché des informations sur Pierre Levisse, un voisin Clamartois

qui s’occupe du club de course sur route de Clamart et qui a fait les jeux olympiques en

course de fond, je suis tombé sur un plan de préparation mise au point par son ancien

coach qui opère maintenant au club de Vanves. Ce plan est fait pour ceux qui se sont

approchés des 3 heures au marathon et qui souhaitent tenter de passer cette barre.

Chaque fois que j’ai tenté d’améliorer mon record par un entrainement spécifique, je l’ai

amélioré. Cela faisait dire à Timothée à chacun de mes records que « de toute façon je

battais mon record à chaque fois » comme si c’était une formalité. Cette fois ci, et comme

mon dernier record date de 2006, il m’a dit qu’avec mon âge, il ne voyait pas comment je

pourrai battre un record d’il y a 5 ans (Je reviendrai sur ce point plus loin). Ce qui est

certain, c’est qu’à chaque fois, pour y parvenir j’ai en fait apporté qq chose de nouveau

dans la préparation. Arrivé à 3h10, je savais que pour faire mieux, il me faudrait passer par

des entrainements spécifiques sur piste d’athlétisme basée sur des fractionnés. Il y a 5 ans,

je n’étais pas prêt à le faire (et ne travaillait pas à 20 mn en courant d’une piste d’athlé

toute neuve !). Ce plan donnait des types d’entrainement variés et puis ça allait me

changer des parcours certes vallonnés mais parfois un peu répétitifs dans les bois …

Alors on peut se demander ce qui a changé dans mon corps depuis 5 ans vis-à-vis du

marathon ou j’ai établi mon dernier record. Pour en savoir un peu plus, je réalise en février

un test d’effort chez mon médecin du sport qui me donne son quitus mais tout en me disant

qu’un bon électrocardiogramme eu-t-il était fait sous l’effort ne constitue pas une

assurance tout risque ! Un autre fait qui m’a en fait donné l’idée que je pouvais toujours

tenter le record est le dernier marathon que j’ai fait sans préparation spécifique hormis

l’endurance, et ou je suis arrivé à 1’50 du meilleur temps que j’avais réalisé sur ce même

parcours. C’est pourquoi j’ai décidé de faire une dernière tentative cette année. Apres, si

ça marche (cad en passant de 3h10 à 3h0x) alors je change de digit et je ne pourrai de

toute façon pas aller beaucoup plus vite donc peu d’intérêt. Et si ça flanche, je ne vois pas

ce que je pourrai essayer de plus au niveau préparation donc dans les deux cas, ce

marathon siffle la fin des frais sur les tentatives de record. Après je pourrai toujours me

consacrer au seul plaisir de courir, y compris sur 42,195 km voire plus …

Ce qui est bien dans ce plan c’est que l’on voie sa progression tout au long de la

préparation en fonction des temps réalisés d’abord sur 10km puis du semi puis dans les

fractionnés (le fractionné est un type d’entrainement consistant à fractionner une distance

donnée en plusieurs morceaux espacés de temps de récupération active (cad en courant

doucement) de façon à pouvoir travailler à des vitesses d’entrainement supérieurs à celle

que l’on pourrait tenir si on faisait toute la distance d’un seul bloc, tout en faisant une

distance totale du même ordre). Etant donné que le dernier marathon que j’ai fait en

octobre sans fractionné ni course spécifique de préparation m’a permis d’atteindre 3h15

qui plus est sur un parcourt avec une bonne cote dès le début, je me dis qu’avec un plan

d’entrainement et un parcours bien plat, il y a de l’espoir. Donc premier objet : choisir le

lieu, qui donnera la date, ce qui déterminera les 8 semaines d’entrainement préalables.

Pour le marathon, sachant que ça doit être au printemps et pas trop loin, ce sera celui de

Melun-Sénart le 1er Mai car il est assez plat. Mon record actuel de 3h10 a été obtenu sur

Paris mais le parcours du marathon de Paris remonte après le km 32 ce qui complique

beaucoup les choses, + les tunnels et enfin le problème de devoir commencer

l’entrainement en janvier car il faut être prêt début avril. Ici, je commence une remise à

niveau de deux semaines à partir de mi-février puis le temps clément qui a suivi jusqu’au

mois de mai m’a permis de m’entrainer dans de très bonnes conditions.

L’inconvénient de ce plan d’entrainement est qu’il se base sur des méthodes

d’entrainement issues des années 70 ou l’on découvrait les fractionnés et où on les

pratiquait assez longs (jusque 5000 m) ce qui fait que l’on casse plus de fibre musculaire à

l’entrainement et cela augmente les risques de blessures comparés à des fractionnés

courts. Il m’a donc tout d’abord fallu actualiser un peu les distances. Le second point est

que ce plan est fait pour des athlètes déjà affutés. Or moi je démarre l’entrainement avec

7 kg de poids en trop.

Si l’on court plus vite que sa vitesse maximum anaérobique (VMA), toute personne secrète

de l’acide lactique. Cette acide lactique apparait au bout d’environ deux heures et réduit à

néant la performance des muscles. Donc si l’effort dure moins de deux heures (c’est le cas

d’un 10km ou d’un semi, on peut y aller gaiement). Au marathon, tout le problème est

d’aller suffisamment vite tout en se gardant de créer trop d’acide lactique dans la

troisième heure. Cette phase anaérobique apparait lorsque l’on est à cours de souffle en

courant. Donc si on court pépère, on ne verra jamais d’acide lactique et on peut courir

aussi longtemps que les muscles ont à manger (du glycogène) et que les fibres musculaires

n’ont pas été trop endommagées. Ces deux derniers points sont néanmoins des questions à

gérer sur marathon. Une bonne préparation et un poids approprié (poids de forme) va

permettre de porter sa VMA au niveau maximum permis par sa VO2max. Une diététique

appropriée les jours précédents la course permettra au moteur de tourner plus de 3 heures

sans panne d’essence. Quant au poids de forme, pour moi il tourne autour de 71 km et au

début de la préparation je pèse 78 Kg … Je réussirai à le réduire de 7 kg au cours de la

préparation mais se contenter de deux uniques bananes comme plat de résistance après un

entrainement d’1h30 avec fractionné, c’est pas la fête ! Donc au démarrage du programme

d’entrainement pour 3 heures, je n’ai ni la VMA qu’il faut pour descendre sous les 3h (je ne

l’ai d’ailleurs toujours pas) et j’ai un surpoids de 7 kg qui la réduit encore plus. De ce fait,

rapidement je suis épuisé et tombe malade victime d’un virus type rhino mais qui

m’empêche de m’entrainer pendant une semaine. Le corps a ses raisons que la raison

ignore …

A la reprise de l’entrainement, il faut faire un point. Ayant été malade, je n’ai pas pu faire

le 10km, qui avait pour but de donner des informations sur sa VMA. J’ai fait le semi à peine

rétabli la semaine suivante mais sans punch ce qui me donne un temps très moyen de 1h35

(pour 1h25 visé). On est à 6 semaines du marathon et j’ai déjà 3 semaines d’entrainement.

A ce point, je me pose des questions si je continue. En même temps, en 10 marathons, je

n’ai jamais lâché une préparation.

Il n’y a pas le feu mais il va falloir faire quelques adaptations à l’entrainement. En premier

lieu, réduire les distances des fractionnés de façon à ne pas être au bord de l’épuisement à

la sortie. Ensuite, réduire les vitesses lors de ces fractionnés pour viser plutôt à un temps

supérieur à 3h et non plus inférieur. De ce fait je réduis la vitesse visée au marathon de 14

km/h à 13,8 km ce qui matérialise l’abandon de l’objectif de 2h59, impossible à viser avec

la VO2max que j’ai. Finalement les temps faits sur les derniers fractionnés font plutôt viser

une vitesse de 4’20 au km (puis 4’25 finalement, ce qui correspond à 13,58 km/h soit 3h08)

pour éviter au maximum l’acide lactique qui m’a fait flancher à partir du km 32 au dernier

marathon. Par rapport au dernier marathon ou j’ai tourné en 4’11-4’15 lors du premier

semi, j’espère donc rejeter l’arrivé de l’acide lactique jusqu’au moins le km 40 en ne

dépassant jamais 4’25 au km. L’idée est donc de partir un petit peu moins vite mais surtout

de tenir cette vitesse jusqu’au bout. En y regardant de prés, c’est ce que j’avais fait à mon

dernier record à Paris en 2006 mais les souterrains et la remontée vers la place de l’étoile

m’avait fait tourner en 4’45 sur les 10 derniers km et perdre ainsi l’objectif de moins de

3h10 …

La dernière semaine de préparation est toujours quelque chose de plutôt spécial au

marathon. Il s’agit de finaliser à la fois l’entrainement et le régime diététique.

L’entrainement est différent des précédentes semaines : il ne s’agit plus de s’enfoncer

dans les bois pendant 2h à la recherche des écureuils et oiseaux gris sur patte ! Place aux

fractionnés (très) courts : qq 1000m et des 200m après un long échauffement avec la peur

de se blesser dans la dernière ligne droite de l’entrainement. Pour la diététique, le

marathonien a un objectif de poids de forme en tète depuis le début de la préparation et

forcement, il commence à psychoter dans les dernières semaines. Ainsi, sur les 7 kg que

j’avais à perdre, je n’en avais perdu 3 kg au bout des 6 semaines sur 10 qu’a duré la

préparation. Alors j’ai serré les boulots sur les quatre dernières semaines avec régime

entrainement le midi suivi de 2 bananes à titre de repas et soupe ou bien salade avec un

peu de pain le soir, le tout en essayant de prendre un peu de protides en même temps mais

la viande empêche de maigrir alors on termine la préparation en se faisant des oeufs au

bacon sans jaune d’oeuf certains matins … Du lundi au jeudi soir, je fini le régime en

supprimant les glucides et en me nourrissant seulement de légumes ou crudité et de viande

peu grasse (poulet ou bacon). J’arrive ainsi au 71.4 kg le jeudi matin pour 71,5 kg visé au

départ. A partir du jeudi soir, en revanche, on y va plein pot sur les glucides toujours en

association avec des crudités et un peu de viande peu grasse, et surtout boire beaucoup car

le stockage du glycogène obtenu se fait sous forme liquide dans les muscles.

Maintenant place à la course. L’heure de vérité pour savoir si cette préparation avait un

sens, si mon régime diététique a bien marché ou non et si mon corps est toujours d’accord

pour suivre !

Podologue

La veille de la course, je me réveille à 4h55, tourne dans mon lit un moment puis décide

vers 6h00 de me lever. Faut dire que j’ai tellement mangé le vendredi que la digestion ne

m’a pas permis de bien dormir (en tout, j’ai stocké à la balance pour 2 ,5 kg de glycogène

passant de 71,4 kg arraché après deux jours d’hypoglycémie sévère mais voulu pour faire

baisser le poids à 71,4 kg et en même temps favoriser l’absorption des glucides les jours

suivants. Durant la phase glucidique, si on est surpris de tant manger, je me dis que c’est

comme d’habitude où je stocke pour environ 2kg. Le tout étant de limiter les graisses

pendant cette opération afin d’éviter que le corps ne la stocke immédiatement vu qu’il est

gorgé de glucides. Apres la course, je fais à la balance 71 kg ce qui montre que j’ai tout

consommé voire plus.

Le samedi matin en me levant, je n’ai donc pas faim, je décide d’aller faire un tour de VTT

dans le bois pour voir si je peux surprendre au jour naissant un ou deux mammifères (en

fait, rien, il fait trop sec). 6h30 je déjeune et à 8h je suis au marché ou les marchands

finissent d’installer. 10h00 je suis rentré, fait cuire le crabe et à 10H30 je suis reparti pour

acheter de la nourriture pour le marathon. La journée démarre plein pot, il va falloir

calmer pour économiser ses jambes … mais du fait de ne plus courir et d’être gonflé à bloc

par tous les glucides ingérés + la pression de la course, on est chaud comme les braises !

J’arrive à faire une sieste salutaire de 2h l’après midi. Puis il me faut cuire mon gatosport

et finir les courses pour mon repas de récupération d’après course : un couscous, qui me

manque singulièrement depuis 2 mois que je fais régime. Je termine la préparation du

couscous puis enchaine sur le découpage du crabe pour le repas du soir. Je termine mes

préparatifs pour le lendemain et mets mes elasto autour des orteils avant de me coucher

vers 23h15. Demain compte tenu des 50 km d’autoroute, de la navette, du dossard à aller

chercher, des 20 mn d’échauffement, je programme le lever à 5h45. Dans la folle activité

de la veille au soir, j’en ai oublié de prendre ma tisane je-dors-bien (en fait tisane nuits

calme de La Tisanière) et donc suis bien trop excité pour trouver le sommeil. A minuit, las

de tourner dans mon lit, je me lève me faire une infusion (double dose). Minuit quinze, je

trouve enfin le sommeil.

Jour de la course

Dès 5h30 je suis réveillé, tourne un peu dans mon lit et me lève avant que le réveil ne

sonne. Je suis bien, n’ai mal nulle part. Dans le ciel, sur le levant, un très fin croissant de

lune (le premier de la lunaison) se couche. Il fait beau et mais pas très frais (déjà 12 deg à

6h00). Comme on est à 3h00 du départ (9h) cela veut dire que je peux manger : un bon bol

de muesli au lait de soja bio fera l’affaire ! Je quitte la maison à 6h30.

La route se passe bien, j’arrive même un peu en avance. Je fini de m’habiller et pars

prendre la navette qui m’amène au départ ou je prends mon dossard. Le marathon de

Sénart est le grand rendez-vous de la course de fond dans l’ile de France sud. C’est un

marathon ou l’on vient pour se retrouver entre soi, ou il n’y pas moultes touristes qui

viennent juste pour pouvoir dire dans les diners qu’ils ont fait qui le marathon de Paris, qui

celui de Boston ou encore qui celui de New-York.

A 8h00, je mange un morceau de gatosport, qui a la particularité de se digérer en 1h (il ne

sert qu’à ça d’ailleurs !). Je m‘échauffe un quart d’heure, fait quelques accélérations,

tout va bien. Je prends un café sucré et me dirige vers la zone de départ, il est 8h45.

Pour ce marathon, l’idée est de partir en 4’25 au km jusqu’au km20 ou il y a un trou puis

d’essayer (hormis les cotes) de rester en 4’25 au moins jusqu’au km 33 et après je

m’autorise une dérive sur les 4’35 sur la dernière partie de la course. Cela fait un objectif

de 3h08’30 ce qui laisse 1’30 de marge en cas de fuite de temps.

La course démarre assez doucement vu le nombre de personnes (1700) et la faible largeur

relative de la route. On passe au km1 en 4’45 mais je préfère cela à trop vite. C’est

d’ailleurs ce qui se passe au km 2 ou l’espace devant se libère d’où un temps pour le km2

de 4’10 (aie l’acide lactique me dis-je!) J’ai de bonnes sensations, la digestion des aliments

solides d’avant course et du muesli s’est parfaitement passé. Au km3, je suis en 4’20 puis

4’30 au km4 avant d’arriver en 4’25 en km5, temps ou je resterai constamment jusqu’au

km20. Je passe au km10 en 44’10, exactement le temps que je me suis fixé. Le parcours est

fait d’assez longues lignes droites découvertes donc au soleil et plein vent (certes faible)

d’où le besoin de s’abriter derrière des concurrents. Il y a pas mal de faux plats qui ne sont

pas pris en compte dans le calcul du dénivelle total qui annonce 80 m de denivellé cumulé

positive : un grossier mensonge ! Celui-ci doit être établi sur la base des altitudes de points

kilométriques, mais même si ça s’équilibre un peu, j’ai eu l’impression dans ce marathon

de monter constamment … Le marathon de Paris annonce 200 m de dénivelé positif mais

parait finalement plus plat (on suit la Seine pendant 20 km). Plus 3 ou 4 ponts bien sentis,

tout cela sur le vent, on se dit que toutes choses une fois prises en compte, faire un record

ici semble plus qu’ambitieux.

Concernant les sensations, je m’aperçois que courir en 4’25 au km n’est pas une vitesse

simple à gérer pour moi. En 4’20 au km, c’est très clair, j’expire 2 fois pour une inspiration

et ces inspirations sont assez rapprochées. En 4’25, c’est plus cool mais si j’expire 2 fois,

j’arrive au point de coté car je n’expire pas assez. Mais, si j’expire en 3 fois, cela prend un

peu de temps et donc je manque d’air. Finalement, pendant quelques temps, j’alternerai

les deux types d’expirations un coup sur deux. Mais clairement, ma vitesse ou je me sens

bien c’est celle ou j’ai le temps d’expirer 3 fois sans être essoufflé. Cette vitesse

correspond plutôt à du 4’30 soit 3h30 au marathon. Or je vise mieux. Donc disons le

clairement : faire un temps au marathon consiste à aller le plus vite possible dans les deux

semi qui le composent. Pour le premier semi, il n’y a en général pas de problème mais si on

s’est mis dans le rouge (au marathon, on ne s’en rend pas forcement compte puisqu’on ne

se mets pas à bout de souffle). Et si on s’est mis dans le rouge donc, on est pris par la

patrouille entre le km30 et 35 (effet de l’acide lactique, on appelle cela le mur des 30km).

Toute la stratégie consiste donc à bien se connaitre pour déterminer à quelle vitesse

maximum on peut se permettre de courir dans le premier semi sans mettre en danger le

second semi. C’est pourquoi, quand bien même tous mes temps de passage au km10 et

km20 sont conformes au plan, je sais que le moment de vérité n’est pas au km20 mais bien

plus tard. La différence entre un bon temps et un record personnel ne tiendra pas dans les

temps intermédiaires au km20 et km30 mais dans le temps mis dans les derniers 12,2 km.

C’est là où tout se joue et c’est ce qui fait le sel du marathon et on n’a pas ça sur les

autres types de course car l’acide lactique n’entre pas en ligne de compte vu qu’on est

déjà arrivé quand elle se manifeste !. Parfois, j’essais de suivre des gens qui me doublent

mais je m’aperçois à chaque fois qu’ils tournent trop vite (4’15) par rapport à ce que je

veux faire. Aussi je me retrouve isolé assez souvent ce qui au niveau du léger vent est assez

moyen.

Après le km20, je sais qu’on descend dans un trou puis on remonte. Cela dure 2 km mais

dans la navette qui nous a amené au départ, une personne m’a dit qu’en fait cela monte

jusqu’au km27 et je vais le vérifier. Je passe le semi en 1’33’40 ce qui représente 4’26 au

km ce qui, compte tenu des 4 ravitos déjà passés, me convient très bien.

Le problème c’est qu’ensuite, on a un faux plat montant plein vent et qui dure 5 km

jusqu’au km27. Je souffre, mon temps passe à 4’40 ; J’essais de m’abriter derrière

quelques concurrents que je passe ou qui me doublent. Au km 24, surprise ! un ravito se

présente. Il aurait du être au km 25 ! Etant dans le dur et sachant qu’il y avait qq ravitos

supplémentaires entre ceux espacés tous les 5 km, je me dis que ce n’ai peut être pas celui

du km25. De toute façon je ne suis pas prêt, je n’ai pas eu le temps de prendre mon

squeezy. En plus du fait que sur les marathons, désormais on ne trouve plus de petites

bouteilles car les concurrents les emmenaient puis les jetaient trop loin, on se retrouve

avec des gobelets. Comble de malchance, aucune nana pour vous tendre un verre, elles

sont assises derrière le comptoir. Première tentative : à la vitesse ou je vais le gobelet

explose ! Deuxième tentative, j’attrape bien un gobelet mais le choc fait qu’il est au deux

tiers vide. J’avale vite fait avec ce que j’ai réussi à prendre de squeezy. Je passe le km25

sans avoir bu assez mais comme j’ai bien bu avant, ça va quand même. Le faux plat est

long et venté, c’est dur. Finalement je termine ce long faux plat avec un concurrent avec

qui je passe le pacte de se relayer pour moins subir le vent. On se croirait à vélo … c’est la

première fois ou je suis embêté par le vent sur un marathon même s’il est léger. C’est

également un point négatif du marathon de Sénart que de nombreuses personnes relèvent

sur internet et ailleurs. Le gars avec qui je fais équipe me dit que néanmoins s’il se sent

bien, il partira devant. Je lui réponds qu’il n’y a pas de problème vu que l’on n’est pas

encore pacsé ! Je prends deux relais mais je dois me rendre à l’évidence, je n’arrive pas à

maintenir le train. Ce faux plat de 5 km m’a bien cassé et je dois me résoudre à laisser

partir l’autre personne vers le km27. J’essais de revenir en 4’25 mais c’est difficile, puis

mon temps augmente peu à peu jusqu’à 4’40. A ce moment, je ne vois pas comment je

pourrai maintenir le temps dans la dernière partie.

Peu à peu je fais mon deuil de ma tentative de record et me dis que les 12 derniers km

vont être terribles, donc la première chose à faire c’est de s’arrêter au km30 pour prendre

un ravito correct : squeezy + boisson de récupération + eau. Pendant que j’essai de me

refaire la cerise, je laisse le meneur d’allure des 3h15 me passer dans le dos, je veux

m’épargner la souffrance de se voir doubler par les meneurs d’allure. Ces meneurs d’allure

joueront d’ailleurs un rôle très important dans ce marathon car une dizaine de coureurs

courent groupées derrière lui et se tient ainsi protégé du vent. Petit problème, je n’ai pas

trouvé de meneur d’allure pour 3h08 …

A partir du km30 j’essais de trouver une vitesse qui me convienne, et je ne cherche plus à

viser un temps au km. Je cherche à me ménager pour limiter la casse. Je coure ainsi en 5’

puis 5’10 au km jusqu’au km35 ou je m’arrête à nouveau assez longuement pour bien me

ravitailler. Etant à une allure modérée, j’arrive à parler et je m’amuse à interpeler les

gens sur le bord de la route en leur proposant en blaguant de venir avec moi pour les

derniers km. A partir du km 35, je suis avec des gens qui comme moi sont parti sur des

bases exigeantes et qui ont coincées en route. En discutant, je tombe sur une personne qui

il n’y a pas longtemps encore tournait en 2h42, un autre qui tournait en 2h56 et toutes me

disent que ça ne marche plus comme dans le bon vieux temps. Arrivés après le km30, elles

coincent alors qu’avant ca n’avait pas lieu ; C’est exactement mon cas. Mes temps de

passage ne sont pas plus rapides qu’à Paris en 2006 (3h10), je me suis mieux préparé : + de

fractionnés, + de durée d’entrainement accumulé au cours de la préparation et poids

similaire. Et pourtant cela ne fonctionne pas. Je ne pense pas que la dureté de la course ou

d’autres paramètres expliquent à eux seul ce changement. En fait ce qui m’arrive sur ce

marathon est assez semblable à ce qui m’est arrivé sur celui des Yvelines l’automne

dernier. Et le diagnostic est à chaque fois le même : acide lactique. Au km37, après avoir

dépassé un concurrent qui n’arrivait plus à lever les pieds pour courir et qui donc marchait

vite (le même qui faisait 2h42 il n’y a pas si longtemps), je décide de l’accompagner et on

décorne ainsi un bout de chemin. Cela fait passer ce km37 mais au km38 le gars s’arrête, il

n’en peu plus. Je continue, on arrive dans les faubourgs de la ville d’arrivée, il y a une

longue avenue pavée qui n’en finit pas, ça fait mal ! J’interpelle les concurrents, je

m’exclame, c’est la tranchée d’Arenberg ! Pour éviter les pavés, je passe sur le coté ou se

trouvent 3 personnes de la protection civile qui semblent désoeuvrées faute de concurrent à

s’occuper. Je me dirige vers eux, ils se demandent ce que je veux. Et là, j’inverse les rôles

et leur demande si ça va, de bien penser à s’hydrater surtout parce que c’est très

important. D’abord surpris, ils le prennent plutôt bien et c’est en rigolant avec eux que je

repars en m’excusant, c’est que j’ai un marathon à finir ! Meme si ça fait mal, il y a des

cotés bien agréables dans ces fins de marathon ou il n’y a plus de pression, les gens sont

détendus et ceux qui le peuvent sont prêts à rigoler.

Peu après le km 39, je suis rattrapé par le meneur d’allure pour le 3h30. Après avoir passé

des km en 6’15, 6’30, même un en 7’10 mais c’est vrai que j’ai fait des arrêts causette, je

me suis un peu remis de mes émotions. Je me dis que le meilleure moyen de finir le

marathon sans galérer trop, c’est finalement de le suivre, aussi pour en finir au plus vite,

l’objectif de 3h30 n’étant pas la motivation. Finalement il tourne en 5’ au km et je

m’aperçois que j’arrive à suivre. Dans ce groupe, il y a des personnes qui ont eu moins de

chance que moi car leur Vo2max est plus faible. Je m’aperçois que certains sont à fond

mais font tout pour ne pas lâcher et peut être amélioré leur record personnel en 3h30.

Parmi eux, un gars du club d’Hazebrouck, venu à 4 ou 5. Respect. Il faut voir d’ailleurs

comment les gars embrassent presque le meneur d’allure à l’arrivée pour les avoir amené

jusque là. En principe, après le km 40 ça descend mais ça n’est pas tout à fait ça. Une belle

descente au km 40,5 puis un raidillon assez dur mais court puis c’est plat à nouveau. Je

lache peu à peu le groupe mais arrive peu à peu à revenir sur lui dans la deuxième descente

au km 41,5. Je ne les lâcherai plus jusqu’au km 42,195 et termine en 3h29’47.

Epilogue

En conclusion, je ne ressens pas ce marathon vraiment comme un échec car je n’y suis pour

rien, ma préparation n’est pas en cause et j’ai appris. En plus il y a eu de nombreux

moments de plaisir pendant la préparation. Notre corps s’affine, notre vitesse augmente

sans effort, et j’ai passé de jolis moments sous le soleil d’avril et dans les bois.

Si on y regarde bien, lors des deux derniers marathons que j’ai faits, j’ai été rattrapé par

l’acide lactique. Cela signifie en d’autres termes que ma V02Max s’est dégradée. Grosso

modo, en 2006, je pouvais courir en 4’20/4’25 sans avoir les jambes cassées après le km30.

Aujourd’hui, je ne peux plus le faire. Cela veut dire que mon seuil anaérobie a du glisser

vers des temps de 4’30 au mieux. J’ai donc, comme ces personnes rencontrées, passé mon

optimum pour le marathon. J’ai un collègue d’entrainement qui courait il y a encore un an

ou deux en 2h58 mais qui bloque régulièrement au km 30 depuis 2 ou 3 marathons. Il n’a

pas encore compris que son corps a changé. Tout comme le mien qui est déformé trop

vieux pour faire des records sur marathon. J’ai donc compris beaucoup aujourd’hui. Il est

des évidences dont il faut du temps pour s’y faire, je l’ai constaté à de nombreuses reprises

avec toutes ces personnes qui sont parties sur des chronos qui ne correspondent plus à leur

Vo2max actuelle. Je les ai retrouvés s’arrêtant à chaque km après le km 35. Alors pour

conclure, eh bien, Timothée, tu as bien deviné. L’expérience accumulée dans la course et

dans la préparation ne m’a pas permis de compenser la baisse de VO2max que j’ai subie

depuis 5 ans.

Mais bien sur, il me reste les marathons ludiques. Ceux qu’on prépare sans pression et sans

se faire mal. Ou l’on se fiche d’être au poids de forme ou non et ou on peut se permettre

de s’arrêter en court de route pour discuter. Il faut toujours voir le coté positif des choses :

je n’avais jamais voulu faire le marathon du Médoc où l’on trinque à chaque km car je

trouvais ça idiot de foutre en l’air comme ça une préparation. Maintenant je n’ai plus de

raison de ne pas m’y inscrire et de le faire, de surcroit déguisé, sur des bases de 4h pour

apprécier encore plus longtemps !

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Published by Dominique Bayart - dans Marathon
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