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21 août 2012 2 21 /08 /août /2012 19:23

J’enfourche mon vélo et me voilà parti pour 188km. Durant ma préparation, j’ai effectué des sorties de plus de 260km faites en plus de 10h donc la durée estimée de 9 heures ne m’effraie pas trop. Les premiers mètres à vélo se font en remontant ici ou là déjà quelques participants mais il n’y a vraiment plus beaucoup de monde. Les jambes tournent bien, j’y vais assez tranquille devant ce qui nous attends. Je me sens bien, le paysage est superbe, et les odeurs sont déjà bien agréables. Je me sens bien plus dans mon élément que pour la partie natation qui rebute bien des concurrents et sur laquelle j’ai été mal. La première ascension de 500m se fait à la fraîche, à l’ombre, surplombant peu à peu le lac de Serre-Ponçon jusqu’au village des Means ce qui offre de magnifiques vue sur le lac d’un bleu caractéristique des premières couleurs de l’aube. Hélas, je n’ai pas le temps de prendre des photos. Je prends mon mal en patience pendant la montée et reste avec à peu près les mêmes personnes. Beaucoup de concurrents mettent toute leur énergie dès les premières côtes mais ne tiennent pas longtemps à ce rythme. Lors de la descente, je remarque que comme sur le CD d’Aix les Bains, j’y suis bien plus rapide que les autres et reprends alors d’autres concurrents. Les nombreux entrainements fait en montagne depuis 3 ans et particulièrement fin mai et  fin aout m’ont bien habitué à améliorer ma technique de descendeur, Cela concerne aussi bien ce qui concerne l’aérodynamisme (mon maître en la matière restant Pedro Delgado quand il gagna le tour plusieurs fois à la fin des années 80, la tête dans le guidon à la descente), que les trajectoires et la façon de  freiner (un freinage tardif  et ferme plutôt que mou et régulier). C’est dans les descentes que je reprends à chaque fois beaucoup de concurrents ou les replats intermédiaires et non vraiment dans les montées. En plus j’ai eu l’impression qu’après chaque montée dure, les concurrents voulaient avant tout récupérer dans la descente. De ce fait, pas ou peu de relance, pas de recherche de pédalage quand il le faut ou encore pas de recherche de position de recherche de vitesse dans les descentes, et qui sont plus éprouvantes que de rester tranquillement assis sur sa selle …).

 

Puis nous traversons le lac par le grand pont de Savine-le-Lac et remontons la nationale jusqu’aux Baratiers pour passer la Durance et aller chercher Saint Clément par une montée de 300m. On est à la fraîche et c’est agréable. Soudain, un arbitre passe à moto et m’averti pour drafting ! Je ne comprends pas. En fait, un concurrent qui m’avait doublé a soudain ralenti avant de se rabattre devant moi. Ne prêtant pas attention, je n’ai pas réagi et l’arbitre en passant a cru que je m’abritais derrière ce concurrent. Au briefing il avait été dit que l’on prenait une pénalité au bout de 3 avertissements comme celui là. Cela met quand même un stress et surtout que dans une côte, cela n’a pas grand intérêt de s’abriter derrière un coureur. Ce n’est pas comme dans les longues lignes droites du retour face au vent où j’ai doublé des lignes entières de coureurs en train de drafter ! Puis on rejoint Guillestre pour attaquer la montée de l’Izoard. A ce stade, je suis encore dans la queue même si j’ai déjà rattrapé du monde. Après Guillestre, au ravito de la maison du Roy, que j’avais identifié comme stratégique car se trouvant à deux heures du passage du col, il n’y a plus que du sucré (et non du salé comme je l’espérais). Je fais donc avec mon ravito perso. Puis les premières pentes fortes arrivent, on remonte la vallée du Guil, et passons les deux tunnels. A ce stade cela fait maintenant presque 5 heures que l’épreuve a démarré et les kilo de pâtes ingérés la veille ont été consommé. Ceux qui tournent aux sucreries depuis le début commencent à moins bien tourner faute d’une glycémie suffisante. C’est donc en toute logique que je reprends toutes les personnes qui ont eu une diététique approximative.

 

Je connais bien le parcours, pour être venu fin mai ce qui est très utile pour ne pas être pris au dépourvu par une cote soudaine à 10% dont on ne sait pas où elle se fini. C’est aussi ma quatrième ascension de l’Izoard par ce versant, la troisième en 3 mois, la dernière datant d’il y a une semaine et demi alors je suis en terrain connu. Je m’aperçois que pour certains concurrents pas si rares,  c’est la première ascension de l’Izoard par Guillestre et je trouve cela léger de leur part . L’Izoard par Guillestre c’est 1500m d’ascension, avec ses replats et ses portions où récupérer, ses passages très raides, ses jalons à passer et c’est très utile mentalement d’avoir tout cela en tête. Ce n’est pas pour rien que les meilleurs repèrent durant l’hiver les étapes de montagne du tour de France ! Le premier jalon sérieux est atteint lorsqu’on arrive à Arvieux qui se trouve à 1500m d’altitude (soit 700m de montée déjà réalisé depuis Guillestre). A Arvieux, on sait un peu où on en est. C’est un rite pour moi, à Arvieux, je pose toujours pied à terre, d’une part pour refaire un peu d’eau, me soulager, faire des étirements et boire et manger. Miracle, au ravito d’Arvieux, je trouve des tucs et rafle les derniers ! Cependant, je mise plutôt sur du léger et rapide à digérer pour la montée éprouvante à venir. La partie entre Arvieux et le sommet peut se faire avec un seule bidon d’un litre, je n’emmène donc pas trop d’eau afin de m’alléger, j’en prendrai 2 nouveaux au sommet pour être plus lourd à la descente (comme Vockler a fait au Galibier au tour de France 2011). La montée de l’Izoard (2360m) n’est jamais une partie de plaisir. Des concurrents mettent pied à terre dès Arvieux, d’autres s’allongent au pied d’un arbre ou carrément au bord de la route, je suppose à cause de problème d’hydratation. Comme quoi avoir un vélo tout carbone à 10 000 euros ne permet pas forcement d’arriver en haut avant ceux qui ont un vélo à 1000 euros comme moi. Ce qui compte d’abord, c’est celui qui est assis sur la selle ! Mon vélo est équipé d’un double plateau compact à développement étendu avec un braquet 50/34 par 11/25 ce qui me donne du 34x25 comme plus petit développement ce qui est plus que certains concurrents qui moulinent vraiment. Avec ces braquets, je suis sur le dernier pignon dès le 6% et après c’est la vitesse de pédalage qui baisse au fur et à mesure que la route se cabre avec une débauche de puissance à fournir à la clé pour arriver à l’emmener. Je monte au train, sans me mettre en danseuse (aie les reins !) sauf sur les courtes montées. Ca n’est pas du tout orthodoxe en matière de vélo en montagne mais c’est bien efficace quand on est bien musclé et j’ai déjà pu monter de cette façon des pentes à 12% sur plusieurs km. Dans les pentes moyennes, j’ai aussi pris l’habitude quand ça fait déjà bien mal aux jambes de me mettre à chanter (dans les pentes fortes à 10 -12%, je ne chante plus mais pousse parfois quelques jurons). Dans cet Embrunman, J’ai donc revisité les paroles de Luis Mariano de la chanson « si tu vas à Rio » (en 2016 bien sur !).  Ici c’est devenu : si tu vas à l’Izoard, n’oublie pas de monter là haut, n’oublie pas ton vélo, n’oublie pas ton chapeau, n’oublie pas ton ravito ! Ca n’est pas venu d’un coup mais comme c’était mon tube de la montée, peu à peu les paroles ont trouvées leur place. Et comme lorsque je passais à coté de quelqu’un je leur disais salut Evry, ici Clamart ou salut Vaux en Velin ou Bonjourno pour les Italiens … Après, en les retrouvant plus haut, certains me demandaient si j’allais chanter encore …

 

DSCF5028

 

Paysage du col d'Izoard et de la casse déserte

 

La côte de Brunissard à la sortie d’Arvieux est sans pitié avec du 10%, pas un replat ni un lacet pour souffler, en plus on n’est pas encore dans le rythme. Alors ça calme et vaut mieux le savoir. Puis viennent les premiers lacets dans la forêt, toujours aussi raides mais les replats au virage relâchent un instant la pression sur les muscles. Au bout d’un moment la pente se fait moins raide et de nombreux, nombreux lacets plus loin, on arrive enfin à la casse déserte, deuxième gros jalons, avec un replat situé à 2100m suivi d’une courte mais raide descente de 50m. Je mets à chaque fois la gomme dans cette courte descente de façon à remonter d’autant voire plus de l’autre coté et où on amorce les dernières pentes les plus raides et longues à 10-12% qui vont nous mener au sommet. Certains marchent. Je n’ai jamais mis pied à terre dans une montée d’un col, ça ne va pas commencer aujourd’hui. Nous finissons dans la douleur, comme à chaque  fin d’ascension de l’Ysoard. Je passe la ligne du sommet le poing levé (c’est devenu aussi une habitude …)  et je récupère de nouveaux bidons. Je pense à manger un peu (banane et barre) pour refaire la glycémie. Il est 12h50, je n’ai plus que 20 minutes d’avance sur l’heure limite. Ca va être chaud.

 

Embrunman VELO

 

Nous finissons la montée du col dans la douleur ...

 

J’entame la descente tambour battant. Je sais que je n’aurai pas de véhicule en sens inverse, on va donc pouvoir couper les virages. Je m’aperçois que certains sont soit trop fatigués pour optimiser la descente ou soit n’ont vraiment pas l’habitude des descentes de cols, et ils semblent comme arrêtés lorsque je les double à parfois plus de 80 km/h (nouveau record pour moi à 82.7 km/h). A fond dans les lignes droites, freinage tardif, je lâche les freins avant le milieu de l’épingle à cheveux pour bénéficier d’une relance gratuite. Pourtant à aucun moment je ne me suis fait peur. Je mets 20 minutes pour rejoindre Briancon la montagnarde, coulée dans la torpeur de l’heure du midi, et se montrant ignorante de ce que la ville voisine et donc rivale organise, Embrun la festive, Embrun-les-plages. Le passage est d’ailleurs très bref, on n’est pas là pour visiter Briançon, deux virages à gauche et nous voilà déjà en direction du retour vers Embrun. Le retour s’annonce compliqué car il souffle un important vent contre causé par la chaleur et qui crée un vent thermique dans la vallée. Le passage dans les villages autour de Briançon se fait très rapidement et nous voilà déjà dans l’antépénultième difficulté du parcourt vélo à savoir la remontée vers le village des Vigneaux situé à l’entrée de la jolie vallée de la Vallouise. Cette montée se fait bien car la pente ne dépasse pas trop les 6% mais une fois en haut le vent contre oblige à pédaler fortement tout le long du replat en balcon. La descente vers Argentière en Bessé se fait bien car je suis en terrain connu. C’est en effet un peu plus haut dans cette vallée, à Pelvoux où j’ai séjourné lors de ma reconnaissance du parcourt fin mai. En passant dans Argentière, je reconnais le boucher où j’allais m’approvisionner lors de mes trois grosses sorties faites durant ce séjour.  A la sortie, un long plat contre le vent : pas le droit de se protéger du vent derrière un concurrent dans ce triathlon : des arbitres en moto passent et pénalisent régulièrement. Lors de mes sorties longues réalisés fin juillet à Oleron j’avais pu optimiser ma technique de pédalage face au vent, utiisant le petit plateau afin d’avoir une bonne fréquence de pédalage. Souvent je suis étonné de voir des groupes de club de triathlon passer tous les uns derrière les autres pour s’abriter, comme quoi être en club n’a pas que des avantages. Mes 3000km d’entrainement je les ai fait toujours seul et en course c’est plutôt payant.

 

Puis arrive l’avant dernière grosse difficulté du parcourt : la côte de Freissinaire qui consiste en une pente supérieure à 10% sur 2 km. Après  plus de 8 heures d’épreuve, cette côte qui m’avait fait frémir d’angoisse lors ma première reconnaissance fin mai, et que j’avais faite à nouveau en arrivant dans la région il y a 10 jours, nous en fait baver. En plus la circulation dans le sens de la course étant maintenu, de nombreux curieux en voiture sont au cul à cul dans la montée et nous asphyxient. Certains participants montent à pied, je dois reconnaitre que sur le vélo je suis autour de 7 km/h, pas beaucoup plus vite qu’un piéton rapide … Dans le haut de la montée, le vent se met aussi de la partie ce qui rajoute de la difficulté. L’Izoard m’avait entamé, Fressinaire m’a rétamé. Après ça je ne serai plus le même sur le vélo, ayant perdu les derniers éclats de ma forme. Le haut et la descente, piégeuse avec des gravillons, se font bien, je reprends comme à chaque fois plusieurs concurrents. On longe l’aérodrome et nous rejoignons la route nationale durant un petit kilomètre avec vent de face pour aller reprendre une route en balcon afin de rejoindre Embrun. A la fin de cette route en balcon, j’ai mal aux reins et j’attribue ça à un manque d’hydratation. En même temps je mange mes deux dernières tartines et de la viande des grisons afin déjà de préparer la glycémie pour le marathon. Je décide de m’arrêter au ravito pour boire deux bidons entiers culs secs. Une sage décision quand on voie des cyclistes allongés par terre (et encore plus dans le marathon) victimes d’un coup de chaleur.

 

La rentrée vers Embrun se fait comme je peux, pour la première fois quelques concurrents me doublent mais restent à distance. En même temps j’ai rejoins des concurrents de plus forte valeur maintenant, c’est un peu normal que dans certaines côtes, je suis lâché. A peine entrés dans Embrun, on nous envoie tout de suite dans une côte d’abord à 4% puis se raidissant peu à peu vers le 10% (pic à 12%) afin de contourner la ville par la montagne au dessus et retomber directement au plan d’eau. Cette montée vers Chalvert parait sans fin, au soleil dans la chaleur torride d’Embrun. Nous démarrons la côte à 800m pour monter à 1200m et en bas de la pente, il fait 32 degrés à l’ombre et le bitume en plein soleil est chauffé à blanc. Mais ayant bien bu, je ne souffre pas plus que ça de la chaleur et refuse même qu’on me verse de l’eau sur la tête, ne voulant pas arrivé les pieds trempés au marathon et risquer ainsi des ampoules. Coté bidon, je sais que j’ai de quoi boire au plan d’eau donc je démarre la côte avec un seul bidon que j’abandonne au deux tiers de la côte afin de m’alléger au maximum. Une fois en haut, il n’y a plus grand-chose à faire jusqu’à l’arrivée sinon faire très attention dans la descente dans les virages en épingle à cheveux, deux chutes avec fracture de fémur l’an dernier … J’arrive en trombe et entier au parc à vélo au moment même où le 5eme de l’épreuve en termine. Il a l’air assez frais … J’ai eu une bonne étoile lors de ce parcourt vélo évitant crevaison et problème technique telle qu’une chaine cassée comme j’ai pu voir (80 abandons ou hors délai sur la partie vélo). J’ai mis 8h46 contre 8H33 de prévu (21.8 km/h de moyenne contre 22 km/h ciblé). L’émoussage causé par la natation et le vent expliquent ce petit quart d’heure de retard. Je suis quand même classé 644 sur les 1022 participants ayant pris le départ ce qui correspond à 63% des participants devant moi. Ce chiffre est exactement le même que lors de mon triathlon CD d’Aix les Bains qui comportait 400 m d’ascension. Je suis donc à mon niveau. Au total, durant la partie vélo, j’ai repris 213 concurrents ce qui est pas mal.

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Published by Dominique Bayart - dans Triathlon
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