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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 19:42

Acte I : Ca gambade gentiment sous le soleil dans la vaste plaine de Versailles


Le départ se fait à midi de façon bucolique, dans les près, avec une population internationale et bonne enfant. Ce trail est une première pour mon frère qui comme moi après une longue expérience sur marathon vient goûter aux plaisirs des courses nature longues. On traverse une vaste et longue prairie, il y a du monde (2046 inscrits dont 175 femmes) et c’est difficile de doubler. On démarre doucement, un peu engourdi, il faudra 45 min pour que mon corps se rende compte que je suis en train de courir.

  Parcours

On suit le train de la foule, et le trajet fait le tour des étangs de la base de loisir de Saint-Quentin en Yvelines, en longeant le golf puis on traverse le cœur de ville en passant devant l’hôtel de ville. Nous rallions le km10 en 1h puis le km20 en 2h sous un soleil puissant. Dans le début de course on est concentré sur la vitesse max à ne pas dépasser (je me la suis fixée à 10 km/h mais c’est clair que dans les grandes descentes sur route bitumé ou propre, cette vitesse a été parfois plus élevée avec quelques pointes grisantes proche des 15 km/h, un peu trop vite peut-être ?) Première alerte sur les sensations au semi mais c’est le corps qui se met en place, j’avais déjà remarqué sur les trails précédents que ce n’est qu’au bout de 4 heures de course que je ressens de vraies bonnes sensations. Au km22, nous sommes classés 860 et déjà 177 abandons, et sommes peut-être partis un peu trop vite compte tenu de la chaleur.

 

Après avoir fait les templiers en 12h30 en octobre, cet Ecotrail ne m’apparait pas comme un défi proprement dit. De distances sensiblement identiques (78 km ici vs 76 km), le dénivelé cumulé positif est de 1500m contre 3000m aux Templiers. Sur le papier, l’Ecotrail apparait donc un cran en dessous. Et pourtant, je vais pouvoir vérifier qu’il n’y a pas d’ultra trail anodin …

 

 

Acte II : Sous le soleil exactement, spectaculaire pétage de durite …


Sur les dix kilomètres suivants, le tracé se fait plus vallonné avec une grande côte qui nous amène en 3h07 au km30. La succession de côtes assez courtes, souvent suivies d’une descente puis de longues lignes droites, le tout en plein soleil, ne permettent pas les périodes de récupération que l’on trouve sur les Templiers où même sur l’UTMB. C’est donc plus roulant avec des cassures de rythme qui vous cassent bien les pattes. Ces côtes seront de plus en plus nombreuses entre le km30 et le km 60 avant de retrouver un tracé plus roulant. En plus, la forêt n’a pas encore de feuilles et c’est donc en plein soleil que nous courons sur les coteaux du coté de Guyancourt et Buc. Le soleil tape dur et c’est vrai que c’est mon point faible, je suis du Nord et je produis une transpiration abondante, donc consommatrice en eau et sels minéraux. J’avais pu le constater sur des marathons de fin de printemps, au-delà de 20 degré, je suis en surrégime au bout d’un moment. Et ce 24 mars entre 14h30 et 16h30, mesurée à l’ombre, la température est montée sur l’ouest parisien jusque 21 degré (bien plus en plein soleil).

 

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Mon frère Jean-Marc, qui refusa de me laisser et qui est la raison pour laquelle j'ai pu terminer ce trail

 

Peu à peu je commence à avoir mal partout, chaque foulée me fait mal, avec une douleur montant des jambes jusque dans le bas du dos maintenant. Le km 35 est très dur.  Je commence à me dire que je ne pourrai pas finir. Quand ça ne va pas, c’est pareil pour la digestion qui ne se fait pas bien non plus car on est à cours de ressources et c’est un cercle vicieux puisque je ne touche donc pas les bénéfices des aliments absorbés. Je commence à en avoir assez des figues (une toutes les 20 minutes) et de mon eau sucrée qui donne en permanence une sensation de bouche pas nette. J’ai bu tout le temps, j’avais d’ailleurs décidé avec la chaleur de rapprocher mes temps de boisson à toutes les 10 minutes plutôt que toutes les 15 minutes, hélas ce fut bien insuffisant …  et pourtant, je n’ai pas vraiment eu la sensation de manquer d’eau c’est plutôt en bouche, ce gout sucré tout le temps, qui me donne l’impression de devoir augmenter mes besoins en eau.  J’ai tout fait comme il faut pour le reste (c'est-à-dire rien de moins qu’aux Templiers), Je n’ai pas senti manquer d’eau mais je n’ai bu que 2l sur les 40 premiers km ce qui est ce que je bois d’habitude en entrainement mais par une température de 10 degré maximum. Ici en plein soleil, par 21 degré à l’ombre, c’est complètement insuffisant et ça je ne l’ai pas vu venir. Je n’ai pas pensé qu’il faudrait me forcer à boire davantage. Avec le tuyau de plastic raccordé à la bouteille dans le sac, on a l’impression de boire tout le temps mais en fait on ne boit pas tant que ça. Plus qu’une déshydratation dont on ne se remet pas, c’est aussi un coup de chaud que je subi.

Au km38 le soleil est toujours aussi fort mais on arrive sur mes terres dans la forêt de Velizy et ça me permet de visualiser mentalement à l’avance le parcours, avec comme point de visée l’arrivée à la maison, ce qui rassure un peu. Je suis dans le dur, à la ramasse et je ne comprends pas ce qui m’arrive. Après un marathon effectué en 4h30 à la vitesse trail, je suis sur les rotules. J’ai l’impression de ne pas avoir manqué d’eau, j’ai eu des urines claires. Je n’ai pas d’explication. Je suis désemparé. En même temps, coté douleurs, j’ai connu ce type de conditions sur mes derniers marathons où j’ai coincé au km 30 et où bonne an mal an j’ai pu continuer à courir jusqu’au bout. Je me rappelle de ce marathon de Sénart l’an passé où là aussi j’avais flanché au km 30 (en parti à cause de l’eau là aussi) mais où après un bon ravito j’avais pu reprendre le train des coureurs visant le 3h30. Et donc je me dis de prendre sur moi et j’essaie de me convaincre que les douleurs vont peu à peu d’estomper. C’est vrai qu’il y a une part d’accoutumance et d’endormissement lié à la profusion d’endorphines, longues à faire effet. Sauf qu’ici, je ne suis même pas à la moitié et la seconde moitié c’est justement un marathon à couvrir avec 1000m de dénivelée positif … Les côtes s’enchainent ce qui nous amène au km 40 en 4h35.  Je me dis qu’on vient de passer la bascule, qu’on a fait la moitié, histoire de se donner du courage. Je n’ai désormais plus d’eau du tout (une autre erreur de ne pas avoir refait les niveaux au km22). Il est temps d’arriver au ravito.

 

Je pense un instant abandonner au ravito mais je n’ai jamais lâché sur une course alors ça n’est pas maintenant que ça va commencer. Et je ne peux pas laisser mon frère en rade. Nous sommes maintenant dans le bois de Clamart, c'est-à-dire la zone où je m’entraine tout au long de l’année donc les chemins je les connais ! Je tiens comme je peux avec comme point de mire notre ravito perso où il sera alors bien temps de faire un point. Ce ravito personnel a été imaginé au départ juste par commodité sur le type d’aliments sur mesure que j’y disposerai. La possibilité de scinder en deux le poids des provisions à transporter est aussi un avantage appréciable. En aucun cas, je pensais au départ que ce serait en réalité un oasis, refuge au milieu de cette forêt aride et desséchée. Nous quittons le parcours au point où mon GPS indique ma maison au plus proche, après 4h40 de course. C’est sous un soleil écrasant et par une route bitumée que l’on rejoint la maison qui nous parait bien éloignée du chemin. J’accélère légèrement puis davantage, inconsciemment pour limiter le temps que l’on va passer à s’écarter du trajet. Cet écart fait 2 km aller-retour donc un surcroit de temps d’un petit quart d’heure. Mais ceci est un investissement. Et le retour sur investissement sera conséquent.

 

Acte III : Mon ravito à moi : un acte fondateur vers la reconquête.


J’ai considéré ce ravito à domicile comme ma dernière chance où il était fondamental de se refaire la cerise comme disent les cyclistes. Un seul but : se ressourcer. On se met à l’abri du soleil dans la cuisine. J’ai profité de l’énergie de l’arrivée à la maison pour aller directement chercher la bière sans alcool qui se trouve dans le frigo du sous sol. Je prends un tabouret et m’assis pour la première fois depuis 5 heures de course. Las des aliments sucrés, je me dis que les bretzels, fait de féculents salés sont à point avec cette petite bière pour débuter la cure de remise en forme. La première gorgée de bière, après toute cette chaleur, me fait un bien fou. Je l’avais déjà envisagée avec un autre coureur, quand à la sortie de la dernière côte sévère, je lui ai expliqué que nous allions bifurquer pour nous en mettre une derrière la cravate, le faisant baver involontairement jusque terre. Cette première gorgée de bière c’est le point de départ de la sortie de la déshydratation, c’est le début de la survivance dans cette course, d’une nouvelle page.

En même temps je n’ai pas du tout faim. En attendant, on s’affaire à refaire le plein dans nos sacs à dos en se disant que la faim viendra après. Déjà, remplir nos bouteilles d’eau. Je choisi de l’eau pure. Non sucré. Par précaution, je mets une cuillérée à moka de fleur de sel dans la seconde bouteille. Je me dis qu’on a encore un marathon à courir, alors il faut maintenant penser à s’alimenter. En prenant le temps de boire, je mange des bretzels, un morceau de pain avec du pâté, un peu de jambon crû. L’appétit vient en mangeant, et ces douceurs charcutières me font un bien fou. Fini le sucré et toutes ces figues pas si simple à digérer finalement (car ce sont des fibres quand même !). Pour le solide, je passe au salé et au niveau de la bouche on se sent mieux. En plus niveau liquide je bascule à l’eau pur, sans jus de fruit ou sel ajouté. Et c’est agréable de boire de grandes gorgées sans avoir en permanence ce gout de sucré ou arrière goût salé.

 

Je m’offre le petit luxe de changer de dessous avant de repartir. Le premier était trempé et cela favorise les écorchures. Je préfère repartir dans du linge sec. Coté maillot en revanche, il a séché tout seul (c’est étudié pour) et je n’ai pas besoin de changer.Sans ce ravito maison, jamais je n’aurais pu revenir dans de bonnes conditions. Sur l’Ecotrail, il n’est pas normal qu’il n’y ait pas de ravito complet entre les km22 et km55 alors que cette partie du trajet se coure au moment le plus chaud de la journée.

 

Depuis que nous avons quitté la course, une demi-heure s’est écoulée et le pic de chaleur est passé. On repart sur de bonnes bases. Le retour à la course nous parait bien plus rapide qu’à l’aller alors que pourtant, du fait d’avoir fait le plein des bouteilles, on a deux kilos de plus à porter dans le sac. Puis, après, la forêt devient plus serrée, réduisant l’effet du soleil maintenant déclinant.

 

Après ce ravito, je n’ai plus souffert de la chaleur et j’ai bu davantage. Après 50cl bu à la maison puis 50cl à chaque ravito (km44 puis au km55 et au km67 + 1litre provenant du sac à dos) cela fera en tout 2,5 l sur la deuxième partie mais avec bien moins de transpiration car sous un soleil descendant, ce qui change tout. Je n’ai d’ailleurs pas uriné du tout entre les km35 et km70, soit durant 5h, avec plus de 2 litres bus, c’est dire le déficit en eau que j’ai eu entre ces deux points.

 

Acte IV : Faire le boulot (et de jolies photos :-)


Après ce ravito à la maison, le corps se remet peu à peu à fonctionner correctement et la digestion peut s’accélérer, ce qui me permet de toucher les bénéfices de tout ce que j’ai mangé lors de la première partie. En plus les endorphines font maintenant pleinement effet et on oublie peu à peu les douleurs. A un moment donné, je me surprends à etre en train de penser à autre chose que le trail que je suis en train de courir. Pour la première fois de la course. Signe que je me sens soudainement suffisamment bien pour en oublier que je suis sur un trail et que j’ai 50 km de course dans les jambes. Là je comprends un peu mieux avec ce rétablissement spectaculaire comment les coureurs du tour de France peuvent aussi avoir des coups de calgon lors des ascensions des cols en pleine chaleur avant de se rétablir peu après. Bien sur il y aura encore des hauts et des bas mais rien de comparable avec la défaillance subie à partir du km30.

 

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Derrière, la chapelle gothique du 19me siècle

 

Nous arrivons en 6h pile au km 44 sur le site éducatif Saint-Philippe de Meudon avec sa magnifique chapelle gothique du 19eme siècle et profitons quelques instants du lieu et de la vue. J’ai récupéré mon appareil photo en passant à la maison et maintenant je prends même le luxe de m’arrêter parfois prendre un cliché. A ce stade nous sommes classés 801, ce qui veut dire qu’on a gagné 59 places alors qu’on a fait un croché d’un quart d’heure et déjà réalisé notre ravito à la différence des autres (une demi heure en tout, déjà complètement regagnée sur les autres), c’est donc dire à quel point les organismes doivent être atteints.

 

On ne s’attarde pas longtemps (à la différence d’autres) et on se dirige vers l’observatoire de Meudon dont les jardins privés nous ont ouvert leurs portes.

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Derrière, la grande coupole de l'observatoire de Meudon

 

Moi qui y passe si souvent au cours de mes pérégrinations, c’est un peu comme passer de l’autre coté du miroir que d’accéder à toute cette partie secrète de l’observatoire. Le parc est immense et il faudra un temps certain pour en venir à bout. Je mange un œuf dur mais uniquement le jaune où sont concentrés tous les sels minéraux laissant aux corbeaux le blanc, moins intéressant sur le plan nutritif et risquant de surcharger inutilement mon estomac. On retourne vers Clamart, traverse Meudon et changeons de forêt pour rejoindre en 7h pile le ravito du km55 situé à Chaville.

 

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Eh non ce n'est pas l'arrivée mais seulement l'entrée du ravito de Chaville avec ma brave personne devant !

 

Tant désiré, je fais une ovation à ce ravito qui fut si long à venir et le photographie. Cela fait rire des dames qui me prennent alors en photo devant ce ravito. Je leur explique que je ne suis pas certain de passer les ravito suivants et donc c’est maintenant qu’il faut faire la photo.  Je me trouve une chaise, il faut récupérer un peu. Les côtes se font rares, ce qui veut dire qu’on court assez longtemps sans guère de période de récupération. Ce ravito fait donc du bien. En plus je marche sur des œufs, car si ça va mieux depuis quelques temps, j’ai toujours la crainte de rechuter, il reste tant de kilomètres à parcourir. Coté coureurs tous n’ont pas eu la chance d’avoir un pre-ravito au km42 avec bière/pâté, et certain sont enroulés dans une couverture de survie en attendant qu’on les rapatrie. 92 abandons supplémentaires se feront ici. Mais hormis 9 personnes, ceux qui repartent alors, finiront. Nous sommes classés 812 à ce stade.

Une personne me fait remarquer à juste raison qu’il est inutile de manger des choses compliquées vu qu’on n’aura pas le temps de les digérer dans les 3 heures de course qui nous restent. Je me cantonne donc à un peu de soupe, quelques Tucs et on repart tranquillement. J’ai encore quelques figues, et un œuf. Au bout de quelques km, je mangerai le jaune d’œuf restant et une figue. Puis plus rien, je garde deux figues pour ne pas etre sans rien en cas de coup dur.

 

Le jour commence insensiblement à décliner. Certains ont déjà installé leur frontale. J’ai mis un certain temps avant de mettre la mienne, profitant de la pénombre et des lampes des autres un petit moment.

La suite de la course se fait en observant le soleil descendre, et vers Ville d’Avray, nous longeons un étang magnifique bordé de jolies maisons. Au loin le premier croissant de la lunaison et Jupiter nous font un clin d’œil. Des chauves souris, signe de chaleur, tournoient autour des lampadaires pour y attraper quelques moucherons. On passe au km60 en 7h25. Désormais, il m’arrive de chanter, souvent du Bourvil pour son coté détaché. C’est le signe que ça va plutôt bien. Les personnes avec qui nous sommes courent tout comme nous. C’est que nous sommes donc dans un bon wagon, et qu’on a laissé derrière nous tous ceux qui n’en n’ont plus la force et qui marchent désormais.

 

Nous rallions le parc de Saint-Cloud en descendant sur Marne la coquette,  joli port de pêche, bien sur soi avec de jolies maisons d’artiste début 20eme. Nous arrivons dans la partie rupine du parcours où les Porches côtoient les BMW. Puis commence la remontée vers la forêt de Saint-Cloud dans la pleine obscurité. Les frontales tournent à plein régime et nous arrivons en 8h35 enfin au dernier ravito au km67 avec vue depuis le parc sur la tour Eiffel.  Nous sommes alors classés 672 soit 129 places de gagnées depuis Chaville, correspondant au cours temps passé à ce ravito de Chaville qui arrivait bien trop tard pour bien des coureurs qui ont eu besoin de temps de récupération comme nous un peu plus tôt voire plus longs.

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L'arrivée, vue depuis le parc de Saint-Cloud

 

Je prends à nouveau de la soupe, des Tucs et du coca. Bien que ce soit contraire à ma religion, le coca a l’avantage d’etre une source de sucre rapide, qui sera bienvenue pour les 13 km qui nous restent. Je vide au sol ma deuxième bouteille d’eau datant du km42, que je n’ai pas touchée car salée, m’allégeant ainsi d’un kg inutile. Si la distance totale annoncée pour ce trail est de 78 km, pour nous elle sera de 80 km du fait du crochet effectué pour le ravito maison. Nous repartons non sans avoir pris une photo de l’arrivée, la tour Eiffel, illuminée et magnifique au loin. On descend les lacets depuis le parc vers la Seine et passons le km70 en 8h40 km.

 

Acte V : La chevauchée fantastique vers l’arrivée et l’ascension finale du pic Eiffel


Après un dernier passage méditatif dans la nuit de la forêt et des quais désertés à cette heure, nous arrivons dans la féerie de la capitale et de ses faubourgs. Nous passons devant le musée de la céramique à Sèvres et traversons la boucle ouest de la Seine donc deux fois le fleuve pour rejoindre Paris sur l’autre partie de la boucle. Il nous faudra retourner chercher le pont d’Issy pour passer sur la rive gauche. Entre temps j’ai lâché dans la nature les deux dernières figues qui me restaient.

 

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Le musée nationale de la céramique de Sèvres

La tour Eiffel grandi chaque fois qu’on l’aperçoit. Afin de ne pas regarder la distance sur le GPS toutes les 5 minutes ce qui donne l’impression déprimante de ne pas avancer, je me dis que je vais l’oublier jusqu’à la fin de la course, et me concentrer sur ma foulée pour les 5 km qui nous restent à parcourir. On est sur du plat, il n’y a pas de changement de rythme. Je fais en sorte de penser à allonger la foulée et d’être aussi souple que possible (surtout quand j’en voie qui sont tout crispés par les courbatures). Et naturellement, la foulée s’accélère sans effort, pour atteindre le 10 km/h et de bonnes sensations. Je me dis qu’il reste 5 km et que ça va se faire tout seul si on se concentre sur la course, surtout ne pas se projeter mentalement sur l’arrivée, rester dans la course. L’arrivée vers la tour Eiffel est grandiose comme prévue, j’ai calculé que l’on peut y arriver sous les 10 heures de course (mais je n’ai pas pris en compte l’ascension du premier étage !). On arrive au pied de la tour en 9h55mn sur un petit podium qui a été monté en bas.

 

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On arrive !

 

Comme l’arrivée est donnée en haut, c’est tambour battant que l’on monte les 300 marches, euphoriques comme il faut.

 

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  Plus que quelques marches !

Les jambes chauffent quand même un peu … mais rapidement (en 4min30 !) on arrive en haut juste sous le gong des 10h de course, 3h avant la limite horaire. Il est donc 22 heures et nous sommes bien contents d’arriver. Nous sommes classés 662 sur 1689 arrivants. Hormis les côtes où il ne sert à rien de courir, nous avons couru jusqu’au bout. Et cela me suffit à penser que c’est une réussite, c’était d’ailleurs cela le seul objectif que j’avais au départ. Il est à noter enfin qu’aux Templiers avec une distance de 2 km plus courte, j’avais mis plus de 2h30 de plus, pour un classement similaire. Cela veut dire que j’ai couru sur l’Ecotrail beaucoup plus que sur les Templiers (et pas plus vite), car les parties d’ascension y prennent un temps considérable. Nous sommes donc sur des courses sensiblement différentes.

 

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Comme on est bien quand on est dans son bain ... c'est à dire arrivé !

 

Pas de médaille à l’Ecotrail, juste un maigre maillot mais les organisateurs avaient quand même prévu une 1664 regénératrice ! L’ambiance est calme, certains sont par terre, un autre s’évanouira plus tard dans l’ascenseur, je me trouve une chaise et essaie de réaliser un peu.

 

Epilogue


Cette journée démontre à nouveau au cas où ce serait nécessaire qu’un ultra-trail est à lui seule une grande aventure, un grand voyage dont on n’est jamais certain de voir la fin au moment où l’on part (comme le montre le taux d’abandon de 17% assez élevé compte-tenu que tous les inscrits ont pris le départ).  C’est donc aussi pour vivre ce type de journée extra-ordinaire que l’ultra-trail en fait venir plus d’un.

Ce trail est aussi à lui seule une allégorie de Dame Nature puisque 90 % des chemins sont en pleine nature, et que nous sommes soumis à ses éléments cosmiques qui entourent notre planète et que sont le soleil brûlant, le soleil couchant, la lune, les autres planètes et pour finir les étoiles dans la nuit. 

Apres la douche, au repas, je réalise en discutant avec d’autres finishers qu’avec les templiers je cumule maintenant 4pts UTMB. Encore 3 points (l’an passé 5 points suffisaient encore) et je pourrai m’inscrire à l’UTMB où il est plus facile d’ailleurs de s’y inscrire que de le terminer cela va sans dire. C’est vrai que 166 km de course avec 9500 de D+, c’est une autre paire de manches. Mais alors que je m’y suis toujours refusé à l’envisager, tant c’est une course complètement captive de la météo, un instant, un germe d’idée m’est pourtant passé à l’esprit, juste en rêve bien entendu car il faut connaitre ses limites.

 

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Published by Dominique Bayart - dans Trail
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